Culture

Les maisons tuzhang de l'ethnie yi
By GUO ZHIDONG | Dialogue Chine-France | Updated: 2022-01-14 11:02:00

Dans le centre et le sud-est du Yunnan, il existe un type très particulier de maison populaire : les maisons tuzhang de l’ethnie yi. Elles utilisent l’adobe comme matériau de construction principal. Nous pouvons retracer leur histoire à l’époque de la dynastie des Han (206 av. J.-C. – 220), quand les Yi érigeaient des maisons simples en fonction du climat local, de la topographie et d’autres facteurs naturels. 

Des villageois travaillent dans les champs du vieux village de Chengzi, district de Luxi (Yunnan), le 13 février 2016. 

Au cours de sa longue histoire, ce type de maison n’a cessé d’être amélioré. Sous la dynastie des Yuan (1271–1368), des maisons à étage ont commencé à apparaître. Sous les dynasties des Ming et des Qing (1368–1911), les maisons tuzhang des fonctionnaires ont adopté l’agencement des cours et l’art décoratif de la culture han, formant un style architectural unique. 

Ces habitations sont habituellement situées le long de montagnes, en rangées successives, en un magnifique tableau. Vus de loin, les groupes de maisons sont plutôt ordonnés. Ces maisons jaunes se dressent bout à bout, rayonnant d’une lumière dorée sous le coucher de soleil, contrastant avec le ciel bleu, les nuages blancs, ainsi que les montagnes et les eaux vertes. Il en naît une image poétique, devenant le sujet d’innombrables créations d’artistes. 

Le principal matériau de construction de ces maisons est l’argile, complétée par du bois et de la pierre, qui proviennent des ressources naturelles locales. Quand ils bâtissent une maison, les artisans utilisent d’abord de gros blocs de pierre pour construire la fondation des murs, en général haute d’un pied ou deux, sur le site choisi, afin de maintenir la maison stable. Les pierres utilisées sont spécifiques aux montagnes locales, avec le double avantage d’être facilement disponibles et bon marché. Au milieu et sur le toit de la maison, des poteaux en pin sont érigés comme piliers pour soutenir les poutres. Ensuite, on fixe le contreplaqué au pied du mur, on remplit ce contreplaqué d’argile de texture fine et on le tasse. De cette façon, les murs sont formés, couche après couche. 

Des enfants jouent à Chengzi, dans le district de Luxi (Yunnan). 

Comme l’argile utilisée pour bâtir les murs possède une densité élevée et une forte viscosité, elle devient très résistante après avoir séché. À ce moment, des rondins sont posés sur les murs pour servir de poutres principales de la maison. Lors de la construction du toit, une planche est d’abord posée sur la poutre principale. Au-dessus, des aiguilles de pin et de l’argile bien pilée sont soigneusement disposées. De cette façon, le toit devient à la fois imperméable et ignifuge. Sous celui-ci, il fait chaud en hiver et frais en été. Comme l’argile compactée est très résistante, les maisons tuzhang sont habitables durant quelques décennies, voire un siècle ou plus. 

Une maison possède généralement trois à cinq pièces. Certaines sont des maisons de plain-pied, d’autres ont deux niveaux. Le nombre de pièces est souvent déterminé par la situation financière du propriétaire de la maison. Au milieu de celle-ci se trouve une pièce pour les activités quotidiennes des membres de la famille ; elle est également l’endroit où le propriétaire reçoit ses invités. Le reste est constitué de chambres et de pièces de rangement. Dans la pièce principale, il y a une cheminée pour la cuisine, le chauffage et l’éclairage. Cette cheminée est le cœur de la vie familiale. Après avoir travaillé toute la journée, jeunes et plus âgés se rassemblent souvent autour d’elle pour parler de leur quotidien, raconter des histoires et partager le bonheur d’être ensemble. Les Yi croient que le feu est étroitement lié à la bonne fortune de la famille. 

L’ancien village de Chengzi possède l’ensemble architectural tuzhang le mieux préservé de Chine, vieux de plus de 500 ans. 

Le propriétaire de la maison accorde souvent une grande attention aux ornements, et particulièrement ceux de la porte d’entrée et des avant-toits. Le linteau de la porte est sculpté de fleurs, d’oiseaux et d’autres animaux. Certains suspendent des gourdes au-dessus de la porte ou à la poutre, pour porter chance. 

Le toit de la maison tuzhang est plat et sert de lieu de séchage des cultures. Étant donné que les Yi vivent dans des régions montagneuses où l’on trouve moins de terrain plat, le toit de chaque maison est utilisé comme un terrain plat artificiel, ce qui non seulement économise la terre, mais augmente aussi l’espace de stockage et de séchage. En automne, la saison des récoltes, les gens font sécher luffas, citrouilles, maïs, poivre, sorgho et autres cultures sur ces toits larges et plats. Ces cultures colorées donnent un aspect éclatant au monde, soulignant la charmante vie rurale de la saison des récoltes. 

Il convient de mentionner que les toits des maisons adjacentes sont accessibles par une échelle, ce qui permet aux habitants d’entrer en contact les uns avec les autres. Certaines maisons ont la même hauteur, pour que ce soit encore plus pratique. Ces toits sont normalement partagés pour le séchage des cultures pendant la saison des récoltes. Les gens s’entraident de cette façon et de bien d’autres ; ils vivent en harmonie, éprouvant de l’affection les uns pour les autres depuis des générations. Cette forme architecturale reflète les coutumes locales, simples et chaleureuses. 

En plus d’être utilisé pour le séchage, le toit est également le principal lieu d’activité des habitants. Le soir, quand ils ne sont pas occupés, les jeunes hommes et les jeunes femmes s’y installent pour discuter, danser et chanter ensemble des airs populaires. Lors de chaque célébration importante, un jour de mariage ou d’autres évènements, le toit devient un lieu spacieux pour faire la fête. Les gens dressent des tables sur les toits, les recouvrent d’épines de pin et divertissent leurs invités durant trois jours. Les villageois se rassemblent pour boire et jouer dans une atmosphère de réjouissance. Les enfants jouent également sur les toits plats.  

GUO ZHIDONG • chercheur en culture traditionnelle chinoise au Musée de la cour n°93 

  

Le village de Chengzi

 

Au fil du temps, les maisons tuzhang ont progressivement disparu de la vie des gens. Aujourd’hui, plus de 1 000 maisons de ce type existent encore dans l’ancien village de Chengzi, dans le district de Luxi (Yunnan). Chengzi est divisé en trois parties : le Petit Dragonnier, le Camp moyen et le Petit Camp. La première partie est la plus ancienne. Ses maisons, dans un style plus primitif, ne possèdent ni cour ni fenêtres, et sont en terre compactée. 

Avec l’augmentation de sa population, le village s’est étendu au Camp moyen et au Petit Camp, et le style architectural a également évolué au contact de la culture han et des techniques de construction han. En conséquence, les patios et les fenêtres sont apparus pour augmenter la luminosité dans les maisons ; des têtes de porte de style han, des toits en pente et d’autres éléments architecturaux ont également vu le jour. Toutefois, même après avoir absorbé des éléments de l’architecture han, la plupart des habitations ont conservé les caractéristiques de la culture traditionnelle yi dans la construction du toit et des murs extérieurs, une combinaison parfaite des techniques de construction des Han et des Yi. Ces maisons peuvent être vues comme un « fossile vivant » de l’histoire de la culture architecturale et des techniques de construction populaires. 

Accès : Prenez la ligne spéciale de tourisme Lu’a depuis la gare de l’Est (de la gare routière de Kunming) jusqu’à la gare routière de Luxi, puis prenez un bus jusqu’au village de Chengzi. Le district de Luxi se situe à environ 25 km de Chengzi. Vous pouvez également louer une voiture pour vous y rendre. 

Numéro 9 juillet-septembre 2021
La 4e Exposition internationale d'importation de Chine
La transition verte de la Chine attire des entreprises internationales
Un cinéma, une librairie
La beauté de la biodiversité chinoise
Liens