Culture

La culture fascinante des Miao
By ZHAO YANQING | Dialogue Chine-France | Updated: 2022-01-14 14:05:00

L’ethnie miao en Chine possède une longue histoire, une riche culture et une religion ancienne et populaire. Drapés de beaux vêtements traditionnels, nantis d’un talent naturel pour le chant et la danse, ses membres vivent dans des maisons à l’architecture unique. Tout au long de l’histoire, le peuple miao a constamment migré. Pourtant, à une époque plus proche de nous, une partie des Miao s’est progressivement installée dans les pays d’Asie du Sud-Est, et certains d’entre eux ont même immigré en Europe et dans les Amériques. Aujourd’hui, le peuple miao de Chine est principalement concentré dans huit provinces, régions autonomes et villes du sud-ouest et du centre-sud de la Chine. Parmi celles-ci, c’est le Guizhou qui compte le plus de Miao. 

Une vie au bord des montagnes et des rivières 

Les historiens ont découvert que les Miao de Xijiang sont les descendants directs de Chiyou, le chef de la tribu préhistorique des Jiuli. Après de nombreuses guerres et une vie de nomades, ils ont choisi de se cacher dans une région montagneuse reculée, plus précisément au pied du mont Leigong, dans l’actuelle préfecture autonome miao et dong de Qiandongnan, dans le sud-est du Guizhou. Ils y ont érigé leurs habitations en s’adaptant à la géographie naturelle des montagnes et ont construit des champs en terrasses, perpétuant ce mode de vie pendant des milliers d’années. 

La magnifique architecture traditionnelle en bambou du village miao
de Xijiang Qianhu s’étend sur les deux rives de la rivière Baihui.
 

Le peuple miao a continué de vivre de la végétation luxuriante des montagnes et des rivières durant des générations. Les monts Miaoling situés au Guizhou constituent la ligne de partage des eaux entre la rivière des Perles et le fleuve Yangtsé. Ils ont été nommés ainsi en raison de la grande communauté miao locale. La ville de Kaili, le chef-lieu du Qiandongnan, est connue comme la perle des monts Miaoling. À seulement dix kilomètres de son centre, la rivière Bala aux eaux cristallines serpente à travers la vallée. Sur les falaises dessinant les deux sommets de part et d’autre de la rivière, des villages miao sont dispersés sur les sommets verdoyants. Les forêts de bambous ombragent les maisons sur pilotis des familles miao, faites de toits noirs et de murs bruns. Le village miao de Xijiang Qianhu, relevant du bourg de Xijiang (district de Leishan, ville de Kaili), est le plus grand village miao au monde. Il est composé de quatre villages administratifs : Dongyin, Nangui, Yangpai et Pingzhai. La moitié de la montagne est recouverte de couches de maisons sur pilotis, préservant la culture écologique ancienne du peuple miao. 

Avec l’essor du tourisme, Xijiang Qianhu, s’étendant de part et d’autre de la rivière Baishui, a été développé pour répondre aux besoins des visiteurs : on y trouve des magasins, des restaurants, des hôtels, des marchés en plein air, des rues où sont vendues des collations locales, ainsi que des véhicules emmenant les visiteurs sur des circuits touristiques. Les marches de pierre glissantes et accidentées de la partie ancienne du village mènent aux maisons traditionnelles sur pilotis des familles miao, sur la pente. 

Le matin, on peut voir des Miao, hommes et femmes, porter des charges sur leurs épaules et descendre les marches couvertes de mousse. Les chiens observent tranquillement les passants, sans faire de différence entre les locaux et les étrangers. De l’intérieur des maisons sur pilotis provient un mélange de voix humaines et de piaulements de poulets. Des plantes sauvages en fleurs se frayent un chemin à travers les tuiles vertes recouvertes d’une mousse épaisse. Près d’une personne âgée séchant du grain sur une terrasse en bois, on peut lire, sur une pancarte en bois suspendue au-dessus de l’entrée : « Paix à cette famille ». Les fortes femmes miao mettent des couvertures et du riz à sécher. 

Sept ponts traditionnels « du vent et de la pluie » enjambent la rivière Baishui. Ils servent non seulement à canaliser la circulation, mais aussi à abriter les passants de la pluie. Les habitants de l’ancien village sont sincères, gentils, hospitaliers et honnêtes. Si jamais vous vous perdez, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Tout ce que vous avez à faire, c’est de crier d’une voix forte à l’extérieur de n’importe quelle cour : « Est-ce que quelqu’un est là ? Je suis perdu ! » Une fenêtre en bois s’ouvrira instantanément et une personne âgée passera la tête pour indiquer, en putonghua (le mandarin standard) simple et basique, quel itinéraire est le plus court ou le plus long, et quel chemin est le plus facile ou le plus malaisé. 

Des méthodes de culture traditionnelle 

Des rizières en terrasses aux couleurs fantastiques peuvent être vues le long du chemin du village. Le riz mûr est incliné comme s’il exprimait sa gratitude à la terre pour lui avoir donné la vie. Les rizières avec leurs rangées de riz jaune à flanc de colline et les berges de la rivière se mêlent à l’herbe verte sur la crête des champs, en un brocart doré qui semble avoir été brodé par un tisserand céleste. 

Trois femmes miao préparent des mets locaux dans une rue
du village de Xijiang Qianhu, le 7 octobre 2020.
 

Les villageois cultivent des céréales et des légumes sur les flancs raides de la montagne, au moyen de méthodes anciennes de culture sur brûlis. Ces scènes semblent issues de belles œuvres d’art. On peut voir de jeunes couples miao travailler ensemble dans les champs. La femme coupe le riz puis le mari bat les bottes de riz contre un tonneau en bois, séparant le riz de sa « balle » (l’enveloppe externe du riz). Ils discutent pendant qu’ils travaillent, leurs deux visages radieux témoignant de leur amour. 

Une fois la récolte terminée, le riz ficelé est soigneusement rangé pour une meilleure manipulation. L’autosuffisance grâce à la terre est un mode de vie que les familles miao se sont transmis de génération en génération. les Miao perpétuent leurs modes de vie et de travail traditionnels, indifférents au regard des touristes. 

Si l’on y prête attention, le son rythmé du riz battu se mêle au chant des oiseaux, formant la plus belle mélodie au monde. Le battage du riz est une tâche épuisante. Après que les agriculteurs ont frappé les bottes de riz contre les barils carrés, les grains de riz se séparent de la plante et tombent dans le baril. Toutes ces opérations sont accomplies à la main, sans l’aide d’aucune machine. 

Des vêtements naturels et culturels 

Les vêtements des Miao sont un mélange de noir et de bleu. Grâce aux mains habiles des femmes, les couleurs des terres montagneuses et des rivières sont exposées sur les vêtements des Miao, qu’ils marchent dans les rues, vendent des marchandises au marché ou travaillent dans les champs, qu’ils portent des tenues modernes ou traditionnelles. Les robes miao portées par les femmes sont brodées de fleurs, d’herbe, de phénix, de pies et de martins-pêcheurs, et virevoltent lorsqu’elles marchent. 

La légende raconte que la « Mère papillon », considérée comme l’ancêtre du peuple miao, a émergé d’un vieil érable. En conséquence, les Miao plantent de nombreux érables dans leurs villages pour y favoriser la paix. Ces arbres sont également plantés aux extrémités des ponts, afin d’accompagner les gens en toute sécurité de l’autre côté de la rivière. Planter des érables en bordure des champs est l’assurance de bonnes récoltes. Quand un membre d’une famille est malade pendant une longue période, celle-ci brûle de l’encens, accomplit un geste rituel de respect et suspend un tissu rouge aux érables, leur demandant de chasser la maladie grave. Lorsque les Miao construisent une maison, ils utilisent l’érable comme pilier du bâtiment pour souhaiter une vie prospère à leurs enfants. Si l’arbre reste en vie, cela signifie que l’emplacement choisi est propice à la vie. Mais s’il dépérit, les habitants comprennent que cette zone est dangereuse et doit être abandonnée rapidement. 

La « Mère papillon » a pondu douze œufs et les Miao sont une descendance lointaine de l’un d’entre eux. Des images de papillons volants sont tissées sur la poitrine, les épaules, les poignets, ainsi que sur les boutons des vêtements pour femmes. C’est de cette manière que les Miao demandent la protection de la « Mère papillon ». Étant donné son lien de parenté si particulier avec les ancêtres des Miao, l’érable est devenu le totem de ce peuple, qui en conséquence recourt à l’image de cet arbre pour ses décorations. 

Aujourd’hui, il existe plus de 200 sortes de costumes miao à Qiandongnan, la région possédant la plus grande variété de costumes miao bien conservés au monde. On la surnomme le « Musée du costume miao ». Les styles et les dessins de ces vêtements témoignent des hauts et des bas de la magnifique histoire des Miao, et de leur riche culture. Aux portes de l’ancien village de Xijiang, l’équipe qui accueille les visiteurs porte pas moins de 20 sortes de costumes éblouissants. Lors des courses de bateaux-dragons organisées pendant le festival des Bateaux-Dragons dans le district de Shibing, sur la rivière Wuyang, les jeunes femmes miao qui participent au spectacle « robes de la rivière » arborent de nombreuses variétés de robes traditionnelles. Chaque sélection de vêtements pour femmes possède sa propre beauté unique. Les styles de vêtements masculins miao sont aujourd’hui très proches de ceux des Han.  

ZHAO YANQING • journaliste de voyage 

Numéro 9 juillet-septembre 2021
La 4e Exposition internationale d'importation de Chine
La transition verte de la Chine attire des entreprises internationales
Un cinéma, une librairie
La beauté de la biodiversité chinoise
Liens