Culture

Shawan, un village figé dans le temps
By XIAO YAO | Dialogue Chine-France | Updated: 2022-05-09 22:25:00
Les « maisons aux oreilles de wok » de Shawan 
La ville de Guangzhou est moderne et animée. Pourtant, dans l’arrondissement de Panyu se trouve un village ancien et paisible : Shawan. Fondé sous la dynastie des Song du Sud (1127-1276), il possède une longue histoire appartenant à la culture de Lingnan (celle-ci renvoie à la culture des provinces du Guangdong, du Guangxi et de Hainan). À l’origine, ce lieu était une baie, dont les friches ont été colonisées et mises en culture. Au cours de ses 800 ans d’histoire, Shawan a développé et préservé divers types de patrimoine culturel, matériel et immatériel : un grand nombre de bâtiments anciens, tels que des sanctuaires des ancêtres et des temples, et du folklore varié, tel que la musique cantonaise, le piaose et les danses du dragon et du lion. Il est le seul village de Guangzhou répertorié dans les célèbres villages historiques et culturels.
Des architectures anciennes
Shawan compte environ 70 000 m2 de bâtiments anciens, ce qui correspond à près de 300 bâtiments datant des dynasties des Ming (1368-1644) et des Qing (1644-1911), dont des sanctuaires des ancêtres, des temples, des portiques et des habitations traditionnelles. En raison de la situation géographique et du climat chaud et pluvieux du village, les bâtiments doivent protéger du soleil, et être étanches et ignifuges. Ceci explique que les « maisons aux oreilles de wok » et les murs en coquilles d’huître sont les choix privilégiés des habitants. Les coquilles d’huître étant abondantes dans cette zone littorale, les habitants de Shawan ont profité de cette matière naturelle pour construire des murs en utilisant l’argile. Le mur en coquilles d’huître est apparu durant les dynasties des Song (960-1279) et des Yuan (1271-1368) et est devenu populaire dans ce village sous les dynasties des Ming et des Qing. Les coquilles concavo-convexes, ressemblant à des persiennes, réduisent l’intensité des rayons du soleil et agissent comme matériau isolant. De plus, les coquilles juxtaposées comme des écailles drainent efficacement les eaux pluviales, de sorte que l’intérieur du mur n’est pas mouillé et que le bâtiment supporte l’usure du temps. Les coquilles, suffisamment dures, résistent également aux érosions éolienne et pluviale. La « maison aux oreilles de wok », comme son nom l’indique, est un bâtiment en brique bleu-gris dont la forme des murs évoque les deux oreilles d’un chaudron. Non seulement ce type d’architecture est beau et symétrique, mais plus important encore, il assure aussi une bonne ventilation et une bonne performance ignifuge. Lorsque le vent souffle, les deux oreilles permettent de faire pénétrer le vent dans la maison par les portes et les fenêtres, maintenant ainsi la circulation de l’air. En cas d’incendie, les murs imposants sont capables d’empêcher la propagation du feu. Selon un dicton populaire, ce type de maison signifie prospérité, bon augure et vie aisée.

La pagode Wenfeng 

Les décorations architecturales de Shawan, plutôt raffinées, comprennent des décorations en stuc et des sculptures en brique. Elles témoignent du patrimoine culturel immatériel précieux du Guangdong. Le stuc est principalement composé de chaux ; le mortier de chaux mélangé à de la paille et à du papier va ensuite sécher jusqu’à durcir suffisamment. Il n’est pas nécessaire de le cuire, on peut le sculpter et le colorer directement. La sculpture en brique consiste à façonner des briques bleu-gris en paysages, fleurs, personnages ou autres motifs. De nombreux exemples sont visibles dans les anciens bâtiments de Shawan. Dans ce village, on peut observer l’évolution de l’architecture de la région de Lingnan. Celle-ci a connu un commerce prospère, grâce à sa position stratégique sur l’ancienne Route maritime de la Soie. Ainsi, les bâtiments de Lingnan démontrent une fusion entre la civilisation occidentale et la civilisation chinoise, dont la « fenêtre de Mandchourie » est un exemple. Il s’agit d’un treillis de fenêtre en bois de style chinois typique incrusté de vitraux colorés importés de l’étranger. À la fin de la dynastie des Qing, cette forme de fenêtre est progressivement passée des résidences des riches hommes d’affaires et des fonctionnaires à celles des gens ordinaires, devenant un trait architectural spécifique de l’époque.

Le hall Liugeng 

Des cultures populaires variées
  Shawan est le berceau de la musique du Guangdong, également connue sous le nom de « musique cantonaise ». Il s’agit d’une musique traditionnelle interprétée avec des instruments à cordes et des instruments à vent en bois. Elle est populaire dans le delta de la rivière des Perles, avec une sonorité cristalline et un rythme rapide. À la fin de la dynastie des Qing et au début de la République de Chine, Shawan était un lieu de rassemblement pour les musiciens du Guangdong et les célèbres acteurs d’opéra cantonais, qui se réunissaient souvent pour échanger et apprendre les uns des autres. Shawan a ainsi donné naissance à un genre majeur de la musique du Guangdong : l’école des He, représentée par le trio He Liutang, He Yunian et He Shaoxia. Ses compositions, basées sur l’héritage des prédécesseurs, a assimilé les éléments de l’opéra cantonais et de la musique occidentale, ce qui a permis à la musique cantonaise de parvenir à maturité. Dans les années 1930 et 1940, la musique du Guangdong était assez connue dans tout le pays. Porteuse d’un charme artistique remarquable et d’une profonde culture, la musique du Guangdong est devenue un trésor et une carte de visite de la culture de Lingnan, jouissant d’une grande réputation tant au pays qu’à l’étranger. Elle est devenue un lien affectif entre les Chinois d’outre-mer et leur patrie. Un spectacle de danse dramatique original, intitulé The Past of Shawan et basé sur le parcours du trio He dans les années 1930 à Shawan, a été joué dans de nombreuses villes étrangères comme New York et Washington, où il a été très bien accueilli.

Des enfants interprètent le piaose. 

Outre la musique, le piaose est un art populaire spécifique à Shawan (piao en chinois signifie « flottant » et se renvoie à des déguisements délicats en chinois ancien). Chaque année, un festival de piaose se tient le troisième jour du troisième mois lunaire du calendrier traditionnel chinois. C’est le festival le plus intéressant et le plus grandiose de l’arrondissement de Panyu, et il constitue une excellente occasion d’apprécier la culture traditionnelle de Lingnan. À première vue, le piaose n’est pas différent d’un spectacle de rue ordinaire, mais en réalité, il est une scène mobile usant brillamment de la physique : la scène est appelée segui (« comptoir coloré »), les personnages assis sur le comptoir s’appellent ping et ceux qui restent debout se nomment piao. Ces deux rôles sont respectivement joués par des enfants de 10 ans et 3 ans, bien maquillés et costumés. Entre ping et piao, se dresse une barre d’acier verticale appelée se geng, qui sert à soutenir les acteurs tout en apportant de la stabilité au comptoir. Le piaose utilise des principes mécaniques pour que les acteurs et les accessoires forment un tout organique, créant un effet de ballet aérien et présentant des contes ou des légendes populaires.

*XIAO YAO est chroniqueur de voyage. 

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