Culture

Le potentiel des traditions
By XU YING, membre de la rédaction | Dialogue Chine-France | Updated: 2026-04-29 20:06:00

Le constitue un vecteur culturel grâce à des expériences authentiques et à une compréhension de plus en plus approfondie de la culture chinoise. 

Des influenceuses étrangères en hanfu dans le vieux Xining à Lushan (Jiangxi), le 15 mai 2025 

De Beijing à Xi’an (Shaanxi), les silhouettes élégantes en hanfu se fondent désormais naturellement dans le paysage des sites historiques. Cette tendance, loin d’être anecdotique, séduit un public de plus en plus large, dont de nombreux touristes étrangers en quête d’une immersion authentique.

Le hanfu connaît un renouveau spectaculaire, porté par une jeune génération désireuse de se réapproprier son patrimoine. Chargé d’une histoire millénaire, ce vestiaire du peuple Han ne se limite pas à un style unique : il évolue au fil des dynasties, reflétant les mutations sociales et culturelles de chaque époque. Véritable « livre d’histoire », il offre un regard immédiat sur le développement de la civilisation chinoise.

Ce regain d’intérêt doit beaucoup à l’influence des réseaux sociaux et au succès des séries historiques, qui ont su moderniser l’image de ces vêtements anciens pour les rendre désirables au quotidien.

Expériences immersives 

Cette fascination dépasse les frontières grâce au phénomène viral « Becoming Chinese ». Sur les plateformes numériques, la pratique du taijiquan, l’apprentissage de la calligraphie, ou les séances photo en hanfu créent des liens authentiques entre les visiteurs internationaux et l’esthétique locale.

Ressa, influenceuse américaine passionnée de hanfu, a contacté une boutique spécialisée dans les tenues traditionnelles et le maquillage lors de son voyage à Beijing. Sur la plateforme RedNote, elle a partagé son émerveillement en évoquant son premier essai d’un costume de la dynastie Tang (618-907).

De son côté, la vlogueuse néo-zélandaise Riley a aussi été captivée par le charme du hanfu. Dans son vlog, elle a documenté son voyage dans le temps à Luoyang (Henan), l’ancienne capitale de treize dynasties, où elle a pu expérimenter une mise en beauté complète, de la coiffe aux accessoires d’époque.

Parallèlement, les offres touristiques liées aux hanfu se sont beaucoup diversifiées, notamment dans les villes historiques chinoises, permettant aux visiteurs de « voyager dans le temps ». À Xi’an, Yang Ting, qui gère une boutique spécialisée, observe cet intérêt croissant : « Quand je leur explique les différents styles de tenues, ils écoutent avec beaucoup d’attention », confie-t-elle.

Des étudiants étrangers posent dans un verger de poiriers à Tengzhou (Shandong), le 1er avril 2026. 

Influence mondiale 

Sur les réseaux sociaux, des passionnés s’efforcent de faire rayonner cette esthétique.

L’illustratrice américaine Rachel a découvert le hanfu par hasard en regardant des documentaires sur l’art il y a quelques années. « Le hanfu se décline en versions très historiques, mais aussi en interprétations plus modernes et fantaisistes. J’aime ces deux facettes », explique-t-elle.

Son coup de cœur va à la mamianqun, une jupe plissée qu’elle décrit comme une œuvre d’art ambulante. Elle apprécie particulièrement sa polyvalence : « Je considère la jupe comme la pièce maîtresse de ma tenue, et les éléments modernes comme un moyen de la compléter sans la surcharger. »

Pour Magdalena Grela-Chen, docteure à l’Université Jagellone en Pologne, l’engagement est encore plus profond. Fascinée par les motifs et le style général des hanfu depuis plus de dix ans, elle admire les démarches des passionnés chinois pour valoriser ce patrimoine. « Il est évident qu’il s’agit de bien plus qu’une simple mode : il s’agit de perpétuer un héritage avec une profonde compréhension de la culture. J’admire cette attitude », souligne-t-elle.

Ce qu’elle apprécie le plus, c’est la richesse et la diversité des styles, où chaque dynastie possède son propre charme « inimitable ». Elle porte le hanfu au quotidien, choisissant sa tenue en fonction de l’occasion, de la météo et du message symbolique qu’elle souhaite transmettre à travers son image. Elle privilégie le style de la dynastie Ming (1368-1644), qu’elle trouve particulièrement majestueux, tout en lui permettant de rester au chaud durant l’hiver. Pour elle, le hanfu est « un symbole vivant d’une histoire et d’une tradition à préserver. »

Échanges dynamiques 

Magdalena cherche à partager sa passion pour le hanfu avec les Polonais. « Je suis toujours ravie lorsque des passants dans la rue me demandent ce que je porte et louent ensuite l’esthétique chinoise. » Elle se réjouit également lorsque ses étudiants lui montrent leurs propres tenues traditionnelles chinoises. Elle a aussi eu la chance de donner une conférence sur le hanfu au Viet Nam à des étudiants en sinologie. « Ces costumes devraient rapprocher les gens, pas les diviser. Ils donnent lieu à des occasions formidables d’apprendre les uns des autres et de renforcer la compréhension mutuelle. »

Rachel a longtemps fréquenté le club de hanfu de l’Université de Boston. Récemment installée en Californie, elle est convaincue qu’elle y rencontrera une communauté partageant les mêmes goûts pour cette esthétique et ses célébrations. Car à l’étranger, les associations d’amateurs de hanfu agissent comme de véritables ponts culturels à travers des activités régulières et des événements marquants.

Ming Liang, présidente de l’association Hanfu NYC, est témoin de ces échanges culturels enrichissants. En mars dernier, lors d’un concert d’amitié au consulat général de Chine à New York, la musique a réuni de nombreux jeunes Chinois et Américains. À cette occasion, la chanteuse Carly Beth a interprété avec émotion une chanson folklorique chinoise, vêtue d’un hanfu sélectionné par Hanfu NYC. Pour parfaire sa performance, elle s’est plongée dans l’étude des règles de courtoisie et des postures traditionnelles, soucieuse d’incarner avec justesse l’image d’une femme de la Chine ancienne.

L’essayage des tenues traditionnelles chinoises est très populaire lors des activités organisées par l’organisation new-yorkaise. « Les jeunes Américains trouvent toujours ces tenues très cool et ne tarissent pas d’éloges sur leur élégance. Certains d’entre eux se portent même volontaires pour faire découvrir la beauté du hanfu aux passants », raconte Ming Liang au Quotidien du Peuple. Pour elle, ces moments de partage prouvent que les barrières culturelles s’effacent naturellement. « Tant que vous êtes prêts à vous ouvrir à nous, vous pouvez devenir l’un des nôtres. »

Numéro 26 octobre-décembre 2025
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