Monde

Une COP26 entre espoirs et déceptions
By HERVÉ MACHENAUD | Dialogue Chine-France | Updated: 2022-01-14 16:48:00

Le réchauffement climatique et ses conséquences sur les équilibres planétaires provoquent une inquiétude générale. Face à cette menace, les gouvernements du monde sont partagés entre la nécessité d’une approche collective à l’échelle de la planète et la défense de leurs intérêts nationaux respectifs. Les COP, comme tentatives de gouvernance mondiale, se heurtent à cette contradiction. S’y expriment, avec une égale conviction, l’aspiration à une solidarité universelle et les égoïsmes les plus archaïques. 

La question de la transition  

La croissance et le développement sont-ils compatibles avec la lutte contre le réchauffement climatique ? La question ne se pose évidemment pas dans les mêmes termes pour les nations développées que pour les pays en développement, pour le Japon, l’Allemagne ou la France que pour la Chine, l’Inde, le Brésil ou le Nigéria. Y a-t-il un développement possible sans augmentation de la consommation d’énergie ? Jusqu’à ce jour, on a observé une parfaite proportionnalité entre les deux. Y a-t-il une recette de la croissance sobre, saurons-nous la trouver à temps ? La réponse n’est pas donnée. Il y a une grande ambiguïté, pour ne pas dire hypocrisie, à imposer des restrictions (évidemment légitimes du point de vue de l’intérêt général) aux sources d’énergie disponibles que sont le charbon, le pétrole et le gaz, sans dire par quoi et comment elles seront remplacées. L’Europe, à l’instar de l’Allemagne, s’est lancée dans un gigantesque et ruineux programme d’énergies éoliennes et solaires, et cependant met en service des centrales à charbon et construit des gazoducs pour apporter massivement une « énergie verte de transition ». Combien de temps cette transition est-elle destinée à durer ? Par quoi cette « énergie verte de transition » sera-t-elle remplacée ? Cette question n’a pas reçu de réponse non plus. C’est cette ambiguïté qui est la cause de la motion de dernière minute sur le charbon, remplaçant l’objectif « d’élimination progressive de l’énergie au charbon et des subventions inefficaces aux combustibles fossiles » par un engagement à « accélérer les efforts » pour réduire progressivement l’utilisation du charbon et à mettre fin aux subventions inefficaces en faveur des énergies fossiles. C’est cette motion qui a provoqué les larmes du président de la COP26, Alok Sharma. 

Le charbon est déchargé d’un cargo à Gabtoli, dans la banlieue de Dhaka, le 6 novembre 2019. 

Il apparaît que de COP en COP, la réalité rattrape la fiction. Alors qu’en 2015, lors de l’Accord de Paris, les pays s’étaient donné pour ambition une réduction de 45 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 2010 et 2030, le Pacte de Glasgow se félicite des nouveaux engagements de réduction annoncés, qui, s’ils sont respectés, conduiraient à une hausse de 13,7 % des émissions de GES d’ici 2030 ! 

Les États-Unis qui, par la voix de Joe Biden, ont voulu réaffirmer leur statut de leader mondial de la lutte contre le changement climatique, continuent, en parallèle, d’investir dans le pétrole et le charbon. 

La loi de programmation française qui prévoit la fermeture anticipée de 14 réacteurs nucléaires et la construction de l’équivalent d’éolien et de solaire, c’est-à-dire ultimement, comme le montre l’exemple allemand, de cycles combinés à gaz, ne constitue-t-elle pas une contradiction supplémentaire ? 

Évidemment, l’accélération de la recherche dans les nouvelles technologies du stockage de l’électricité, dans la production « d’hydrogène vert », dans les réacteurs modulaires, dans la fusion nucléaire, etc. est vraiment nécessaire. Mais faire comme si ces technologies étaient disponibles ou le seront dans un avenir prévisible constitue une impasse dont les conséquences pourraient s’avérer dramatiques. Ne sait-on pas que si toutes les centrales de production d’électricité au charbon du monde étaient au même niveau de rendement que les « centrales à charbon propre » ultra-supercritiques, mises en service en Chine, on économiserait plus de 3 milliards de tonnes de CO2 par an, soit presque 10 % des émissions mondiales, l’équivalent des émissions de l’Europe des 28 et plus de dix fois les émissions annuelles de la France ? Pendant ce temps, l’Allemagne aura dépensé plus de 500 milliards d’euros dans une transition énergétique inefficace et la France s’apprête à suivre son exemple. S’attaque-t-on vraiment aux bonnes priorités ? 

La répartition des efforts 

L’enjeu est évidemment mondial, mais les efforts demandés pour atteindre l’objectif commun ne sont pas équitablement répartis. Avec quelles ressources énergétiques l’Afrique, qui possède une population presque aussi grande que celle de la Chine, c’est-à-dire 20 % de la population mondiale, et produit moins de 4 % des émissions de GES, va-t-elle réaliser son développement ? La même question se pose pour les 500 millions d’habitants de l’Amérique latine. La solidarité s’exprime dans la définition des objectifs et des moyens, mais se heurte très vite aux réalités des intérêts nationaux. Ainsi, l’objectif fixé en 2020 du financement à hauteur de 100 milliards de dollars par les pays développés à l’appui de l’action climatique dans les pays en développement n’a pas été atteint. Selon la responsable de l’équipe des Nations Unies en charge des négociations, « ils pourraient être levés dès 2022, si tout se passe bien » ! On peut le souhaiter. En attendant, les négociations ont été très difficiles et les pays qui avaient, en réponse aux promesses de financement, préparé leur Plan national d’adaptation au changement climatique, en sont restés pour leurs frais, donnant à ses représentants le sentiment déprimant que « finalement l’Afrique ne compte pas ! » Elle veut croire que le prochain épisode de la COP en 2022 à Charm el-Cheikh lui rendra justice.  

La cheminée de l’ancienne centrale à charbon Gustav Knepper près de Castrop-Rauxel,
en Allemagne, est démantelée le 17 février 2019.
 

Comme dans la plupart des instances de « gouvernance mondiale », toutes les voix ne pèsent pas le même poids. Les nations les plus riches, largement responsables des émissions historiques de GES, font, au nom de l’urgence climatique globale, endosser par les pays en développement des mesures qu’ils ne pourront sans doute pas supporter par leurs propres moyens. Les aides annoncées seront-elles effectivement apportées et suffisantes ?  

Que 40 000 délégués, activistes, fonctionnaires, chercheurs, lobbyistes et journalistes, tout imbus de leur responsabilité vis-à-vis d’enjeux planétaires, venus de 195 pays, se laissent semoncer et accuser d’inanité par une gamine de 16 ans, ne constitue pas le moindre des paradoxes de cette COP.  

Par-delà les déceptions, les désillusions et les frustrations laissées par cette 26e édition de la COP et malgré les réactions défensives de nombreux pays, il faut aussi savoir reconnaître l’élan collectif de mobilisation dont elle est le signe. Même s’ils apparaissent encore très insuffisants, les efforts fournis par un très grand nombre de pays, pour défendre cette cause commune, sont significatifs. La Chine, par exemple, consciente de son poids dans les émissions globales ne consacre-t-elle pas 100 milliards de dollars par an pour développer les énergies décarbonées ? 

L’aspiration collective à la prise en charge, même encore insuffisamment solidaire, des enjeux globaux de l’humanité est porteuse d’espoir. Les COP, symboles de cette aspiration, constituent des étapes vers plus de dialogue et de solidarité entre les nations. Cette dernière édition aura eu le mérite de rétablir un canal de relations entre les États-Unis et la Chine. 

Même si les résultats concrets peuvent légitimement être considérés comme décevants, la dimension symbolique des COP est forte. Elle porte les germes d’une « mondialisation heureuse » et du « destin commun de l’humanité », suivant la manière dont on veut l’exprimer.  

HERVÉ MACHENAUD • ancien directeur exécutif et ancien directeur Asie-Pacifique du Groupe EDF 

Numéro 9 juillet-septembre 2021
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