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Explorer l'espace : des avancées chinoises qui profitent à tous
By AUGUSTO SOTO | Dialogue Chine-France | Updated: 2022-05-15 15:44:00

La fusée CZ-7 Y5, transportant Tianzhou-4, décolle du site de lancement des engins spatiaux de Wenchang dans la province de Hainan (sud de la Chine), le 10 mai 2022. L’objectif du vaisseau cargo Tianzhou-4 est de livrer des fournitures à la station spatiale de Chine, dont la construction devrait s’achever cette année. (Xinhua/Guo Cheng) 

Des étapes importantes ont été franchies récemment dans l’exploration spatiale chinoise. Le rover chinois Zhurong, qui fait partie de la mission interplanétaire Tianwen-1, s’est posé sur Mars le 15 mai 2021. Trois astronautes chinois sont revenus sur Terre en avril après un séjour de six mois dans la nouvelle station spatiale chinoise. Et le vaisseau cargo Tianzhou-4 a été lancé avec succès le 10 mai pour livrer des fournitures à la station spatiale chinoise.

Ces avancées sont à la pointe d’un programme spatial national avant-gardiste et complet, comme le montre le cinquième livre blanc de la Chine sur ses activités spatiales, publié en janvier. Ces livres blancs ont été diffusés presque tous les cinq ans depuis 2000. Outre la science et la technologie, l’exploration spatiale chinoise englobe également l’histoire intellectuelle mondiale, la coopération spatiale internationale et l’impact sur la science et la pensée contemporaines. Son importance va bien au-delà des accomplissements d’un seul pays.

Atteindre les limites 

L’objectif spatial le plus spectaculaire de la Chine est d’atteindre les limites du système solaire. L’année dernière, elle a envoyé un satellite d’observation vers le soleil pour collecter des données sur la source d’énergie ultime de notre système solaire. Comprendre la structure du soleil et développer de nouvelles technologies en météorologie et en navigation est une priorité pour le satellite solaire. Selon Wu Weiren, concepteur en chef du programme d’exploration lunaire de la Chine, l’objectif de navigation pour le pays est d’atteindre 100 unités astronomiques, ce qui équivaut à 15 milliards de kilomètres de voyage dans l’espace lointain d’ici 2049, année qui marquera le centenaire de la fondation de la République populaire de Chine.

La Chine se prépare également à lancer la sonde Einstein, un satellite de détection des ondes gravitationnelles spatiales qui comprendra un observatoire solaire avancé dans l’espace.

Sur Terre, la Chine construit dans la province du Qinghai (nord-ouest) ce qui sera le plus grand télescope de l’hémisphère nord. Celui-ci fera avancer la recherche sur les corps célestes dans le système solaire externe pour une meilleure analyse de la structure de la Voie lactée et une meilleure compréhension de la notion de temps. Le site de Qinghai complètera les meilleurs sites astronomiques du monde situés au Chili, à Hawaï (États-Unis) et aux îles Canaries (Espagne).

Javier Solana, qui est sans doute le politicien et professeur de physique le plus célèbre d’Europe, a récemment déclaré lors de deux séminaires différents qu’au cours de l’année écoulée, plus d’étudiants avaient obtenu leur diplôme dans des matières scientifiques en Chine qu’aux États-Unis et dans le reste du monde. Cela montre le potentiel d’un programme spatial chinois de haute qualité à une époque où nous nous sommes rendu compte que le cosmos offre des ressources énergétiques et minérales infinies.

En outre, ce que fait la Chine dans les projets de coopération internationale dans ce domaine aura forcément un impact significatif. Par exemple, dans le développement de l’agriculture, la décontamination ainsi que la protection contre les astéroïdes impactant cycliquement notre planète.

Le passé et le futur 

Le sinologue et scientifique britannique Joseph Needham a déclaré que les vues théoriques et pratiques de la Chine remontent aux temps anciens, avant l’astronomie moderne. L’ancienne doctrine chinoise de l’espace vide infini diffère de la perception des sphères célestes cristallines solides qui prévalait dans l’Europe médiévale. Les théories occidentales ultérieures ont incorporé les vues et les technologies chinoises telles que le développement de la théorie ondulatoire dans la physique du XVIIIe siècle qui considérait la lumière comme un mouvement ondulatoire remplissant tout l’espace.

Depuis l’Antiquité, le peuple chinois considère l’espace comme une partie interdépendante de la vie sur Terre. Les astronomes chinois ont effectué des observations stellaires au cours des différentes dynasties, quand l’Europe médiévale considérait encore la Terre comme une planète plate restreinte et un paradis mythifié. Les observations astronomiques étaient très développées pendant la dynastie des Han (202 av. J.-C. à 220 apr. J.-C.), avant même que l’Europe n’existe.

Dans un article récent intitulé La Chine : un acteur clé dans la lutte contre le réchauffement climatique, l’ancien ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, moteur des négociations de Paris sur le changement climatique, a souligné que « la sagesse ancestrale chinoise promeut un équilibre fondamental entre le Ciel et la Terre à travers la médiation de l’Homme ».

Le film de science-fiction influent de Stanley Kubrick, 2001, l’Odyssée de l’espace, dépeint un futur dans lequel des scientifiques de pays antagonistes transcendent les différences sur Terre en travaillant ensemble dans une station spatiale internationale. Ils voyagent à travers l’espace interstellaire en développant des projets pour le bien commun de l’humanité. C’est une inspiration contre le découplage scientifique et intellectuel, défi important à relever aujourd’hui.

Des projets de coopération internationale 

En 2019, l’Agence chinoise des vols spatiaux habités et le Bureau des affaires spatiales des Nations Unies ont sélectionné neuf projets de coopération internationale pour mener des expériences à bord de la station spatiale chinoise. Vingt-trois institutions de dix-sept États membres de l’ONU ont été impliquées dans des domaines de recherche tels que les sciences de la vie, la biotechnologie, la physique des fluides en microgravité, la combustion en microgravité, l’astronomie et les technologies spatiales.

La Chine a également envoyé trois missions d’exploration lunaire au cours des deux dernières années pour tester des technologies clés pour la Station de recherche lunaire internationale (ILRS), un objectif à long terme qui devrait être atteint d’ici 2035. En outre, selon l’agence de presse Xinhua, la mission Chang’e-4, qui a réalisé le premier atterrissage en douceur sur la face cachée de la lune, a transporté quatre charges utiles développées par l’Arabie saoudite, la Suède, l’Allemagne et les Pays-Bas. En 2021, la Chine et la Russie ont signé un protocole d’accord pour développer conjointement l’ILRS.

En revanche, les législateurs américains ont interdit à la NASA de coopérer avec la Chine, ce qui ne contribue en rien à un meilleur développement scientifique.

Malgré cela, Beijing est disposée à mener un dialogue avec les États-Unis et d’autres pays, ainsi qu’avec des organisations internationales sur la gouvernance extra-atmosphérique. Les cinq prochaines années verront la Chine travailler avec des pays comme l’Italie et le Pakistan, ainsi qu’avec les pays BRICS, sur l’ingénierie et la technologie des satellites, selon le livre blanc publié en janvier.

Le programme spatial chinois actuel est soutenu par les capacités uniques et les efforts titanesques de la Chine. Cela rappelle le développement du premier ordinateur chinois à usage général, le modèle 107, dirigé par l’ingénieure chinoise Xia Peisu, basé sur le propre héritage intellectuel et scientifique de la Chine, en 1960. Cette avancée avait permis à Beijing d’envoyer son premier satellite dans l’espace en 1970, un accomplissement national majeur.

Un demi-siècle plus tard, grâce à un vaste programme spatial, la Chine se dirige vers une compréhension renouvelée du système solaire, un pas de géant pour l’humanité.

*AUGUSTO SOTO est directeur du projet Dialogue avec la Chine, une plateforme électronique indépendante.

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