Société

Devenir autonome grâce à l'enseignement professionnel
By YANG SHUANGSHUANG | Dialogue Chine-France | Updated: 2022-01-05 16:14:00

 

Des jeunes filles s’entraînent à la danse classique.

 

« L’enseignement apporte de la lumière dans la vie et les compétences permettent de prendre pied dans la société. » Ces paroles emplies de sagesse accueillent les visiteurs de l’école professionnelle BN (BNVS) basée à Beijing. Elle a été la première école à offrir un enseignement professionnel gratuit en Chine.

 

L’établissement a été fondé en tant qu’institution caritative pour les enfants des travailleurs migrants à Beijing et a ensuite ouvert ses portes à des adolescents de 15 à 20 ans issus de famille à faible revenu dans tout le pays.

 

Changer son destin par l’enseignement

 

Yao Li, fondatrice de l’école, a été employée par une entreprise publique de commerce extérieur vers la fin des années 1980. Dans le cadre de son travail, elle a effectué des voyages dans des pays occidentaux, où elle s’est imprégnée des idées philanthropiques contemporaines. Plus tard, quand elle était à la tête d’une société de gestion immobilière, elle a découvert que l’industrie était confrontée à une grave pénurie de travailleurs qualifiés, tandis que de nombreux enfants de travailleurs migrants abandonnaient l’école à un âge précoce. Ce constat a incité Yao Li à ouvrir une école professionnelle caritative pour eux. C’est ainsi que la BNVS est née en 2005, grâce aux dons d’amis du monde de l’entreprise.

 

« Pour la première session d’inscription, nous avons sélectionné 84 candidats sur 200 à travers des tests écrits et des entretiens. Les enfants venaient de familles à faible revenu de 21 provinces [ou régions de niveau provincial] à travers la Chine », explique Wen Bo, directeur de la BNVS de Beijing. Le conseil d’établissement était conscient qu’une école professionnelle devait être différente d’une école ordinaire et qu’une méthode d’enseignement adaptée devait être employée : « Les entreprises sont impliquées dans la conception du programme pour que celui-ci corresponde aux demandes du marché. Un personnel qualifié donne une partie des cours et les stages font partie du processus de formation. »

 

À ses débuts, la BNVS proposait des cours tels que l’ingénierie électrique, l’ingénierie de la climatisation et le service hôtelier, car il y avait une forte demande pour ces compétences sur le marché du travail. Au fur et à mesure que la société s’est développée, le programme de l’école a également évolué pour couvrir de nouvelles technologies et compétences. « À l’origine, la durée de la scolarité s’étalait sur deux années : la première sur le campus et la seconde sur le lieu de travail. Lorsque la première promotion d’élèves a été diplômée en 2007, elle a été fort demandée par les employeurs », se souvient Wen Bo.

 

L’école tient particulièrement à aider les élèves à développer une intégrité professionnelle. Le directeur des ressources humaines d’un hôtel cinq étoiles a dit un jour à Wen Bo qu’il avait observé que les diplômés de la BNVS prenaient beaucoup de plaisir à s’acquitter de leurs tâches. C’est pourquoi l’école reçoit régulièrement des commentaires positifs de la part des employeurs, affirme Wen Bo, ajoutant que l’école a vu près de 5 000 diplômés rejoindre le marché du travail.
 
 

 

Un enseignement holistique

 

Pour garantir la qualité de l’enseignement, la BNVS limite ses inscriptions : le nombre d’élèves sur le campus est inférieur à 100. Mais elle a ouvert d’autres écoles à travers la Chine pour rendre l’enseignement professionnel accessible à un plus grand nombre d’enfants issus de familles pauvres.

 

À la suite du tremblement de terre de Wenchuan dans la province du Sichuan, en 2008, la BNVS a accueilli à Beijing 20 élèves issus de la zone sinistrée. Un an plus tard, elle a fondé sa première succursale à Chengdu (chef-lieu du Sichuan), recevant des élèves de Wenchuan et d’autres parties de la province principalement habitées par des Tibétains. En 2021, elle avait étendu ses opérations à d’autres villes comme Sanya, Nanjing, Wuhan, Zhengzhou, Dalian, Yinchuan, Lijiang, Meizhou et Leishan.

 

La BNVS met l’accent sur l’enseignement holistique, c’est-à-dire qui ne vise pas seulement à transmettre des connaissances, mais aussi à accroître la conscience civique. À titre d’exemple, Wen Bo explique qu’un chauffeur devrait non seulement savoir comment conduire correctement son véhicule et connaître le Code de la route, mais qu’il devrait également être sensibilisé à une conduite sûre et au respect de la vie des autres usagers.

 

À cette fin, la BNVS a remplacé 30 % des cours professionnels par des cours portant sur la culture, les arts et les langues. Cao Yingjie, diplômée de cette école, a été abandonnée par son père à l’âge de 13 ans et a depuis pris la responsabilité de s’occuper de sa mère atteinte d’un cancer. À la BNVS, elle a appris le japonais et prévoyait de travailler au Japon après l’obtention de son diplôme. Ce plan ayant été contrarié par la pandémie de COVID-19, elle a trouvé un emploi dans un centre commercial. Son salaire régulier lui a permis de soutenir sa mère financièrement tout en poursuivant ses études dans l’espoir d’un avenir meilleur encore.

 

Cao Yingjie n’est pas un cas isolé. Une autre fille originaire de la province du Henan avait abandonné l’école pour que sa famille puisse payer les études de son jeune frère. Alors qu’elle était devenue travailleuse migrante, elle a entendu parler de la BNVS et de ses programmes d’enseignement gratuits. Elle s’est alors inscrite à l’école et a été acceptée.

 

« La Chine compte beaucoup de familles pauvres rurales qui n’ont pas les moyens de scolariser tous leurs enfants. Il est important d’offrir aux jeunes filles de ces familles la possibilité de retourner à l’école », insiste Wen Bo. « Notre objectif est d’aider les gens ordinaires qui ont les compétences à se forger une vie heureuse. »

 

L’enseignement à la BNVS a grandement amélioré la situation financière de ses diplômés et de leur famille. En guise de remerciement, 97 % d’entre eux ont fait un don à l’école, espérant ainsi aider plus d’enfants comme eux, se réjouit Wen Bo.
 
 

 

Affiner les besoins

 

La BNVS, première école caritative de Chine offrant une formation professionnelle gratuite, a joué un rôle dans les efforts du pays pour réduire la pauvreté. Après l’éradication de la pauvreté absolue en Chine en 2020, de nombreuses personnes se sont demandé si le nombre d’inscriptions dans cette école en serait modifié.

 

« Une étude de 2015 montre que jusqu’à 85 % des élèves des écoles secondaires professionnelles étaient issus de familles rurales. La cible principale de notre scolarisation restera les enfants des zones rurales même après la fin de la campagne nationale de lutte contre la pauvreté absolue », indique Wen Bo. Mais l’école introduira de nouvelles pratiques en réponse à cette nouvelle situation.

 

En octobre dernier, la direction générale du Comité central du Parti communiste chinois et celle du Conseil des Affaires d’État ont publié conjointement un document sur la promotion du développement de haute qualité de l’enseignement professionnel moderne. Il s’est fixé pour objectif d’élever l’enseignement professionnel du pays au premier rang mondial, d’améliorer le statut social des travailleurs qualifiés et de veiller à ce que l’offre de ressources de l’enseignement professionnel réponde aux besoins du développement économique et social du pays d’ici 2035.

 

La BNVS devrait jouer un rôle de pionnière dans le progrès de l’enseignement professionnel.

 

L’école renforce également sa présence à l’échelle mondiale. Après la fin de la guerre civile en 2002, l’Angola a entamé une reconstruction massive. La société chinoise CITIC Construction s’est engagée dans le pays en 2008 pour contribuer à ce programme. Afin de préparer les jeunes Angolais appauvris à l’emploi et de former des travailleurs pour ses activités commerciales sur place, l’entreprise a fondé une école professionnelle sur le modèle de la BNVS.

 

« La BNVS Angola accueille des personnes démunies âgées de 16 à 25 ans et leur propose, entre autres, des programmes de formation en électrotechnique, en mécanique, en construction et en services hôteliers. Les élèves ont la possibilité d’étudier à Beijing », précise Wen Bo.

 

La plupart des membres du corps professoral sont des Angolais qui se consacrent à l’enseignement et à des activités caritatives. En plus du financement de CITIC Construction, l’école a été soutenue par la communauté locale, des entreprises chinoises et des organisations internationales en Angola.

 

Numéro 9 juillet-septembre 2021
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