Voix des jeunes

L'homme qui plantait des coraux
By LIAO BAOLIN | Dialogue Chine-France | Updated: 2021-10-08 13:08:00

Les coraux sont appelés les forêts tropicales humides de l’océan et leurs fonctions sont similaires à celles des forêts terrestres. Les coraux construisent des récifs, tout comme de grands architectes sous-marins. Ils utilisent leur exosquelette pour construire des structures qui deviendront de superbes agencements sous-marins pour les espèces environnantes. Il existe plus de 8 000 espèces de poissons dans les récifs coralliens et plus de 20 000 espèces d’autres espèces marines. La zone corallienne ne représente que moins de 0,2 % de la surface océanique mondiale, mais elle offre un espace de vie à plus d’un quart de la vie marine. En fait, un récif de corail est un écosystème qui fournit un abri aux créatures marines et leur procure une source de nutriments. 


Une pépinière de corail de l’Institut de recherche de Shenzhen (Université océanique du Guangdong) 

En 2006, j’ai obtenu mon diplôme en aquaculture à l’Université océanique du Guangdong avant de continuer en troisième cycle tout en travaillant. Après l’obtention de mon diplôme, j’ai été embauché par l’Administration de la réserve naturelle nationale du récif corallien de Xuwen dans le Guangdong. Xuwen est situé à l’extrémité sud de la partie continentale de la Chine. Les pêcheurs locaux dépendent de la mer pour se nourrir, la seule source de revenus pour les villages. Dans les années 1980 et 1990, faute de pouvoir acheter des matériaux de construction, les exosquelettes des coraux ont été employés pour construire des maisons, des clôtures et des routes. C’est désormais un luxe. 

Depuis dix ans que je travaille dans la réserve, je côtoie les pêcheurs locaux et je comprends leur impuissance et leurs difficultés, et je ressens à quel point la protection marine est un travail ardu. Au cours de la décennie, j’ai vu le littoral où se trouve la réserve fondre. À chaque typhon, tout le village est sens dessus dessous, et certaines maisons construites à l’origine sur la plage doivent être démolies pour être reconstruites plus loin. J’ai ainsi compris que la protection et la restauration des coraux étaient des tâches urgentes. 

En 2016, j’ai quitté mon poste pour travailler à l’Institut de recherche de Shenzhen, à l’Université océanique du Guangdong, spécialisé dans la protection et la restauration écologiques des récifs coralliens. Je voulais effectuer plus de recherches scientifiques sur les récifs coralliens et faire de la vulgarisation sur leur protection et leur restauration, afin de permettre à plus de gens de réaliser à quel point c’est important et de les encourager à participer à la protection marine.

Ma tâche principale est d’effectuer des recherches sur la reproduction artificielle des coraux et la restauration écologique des récifs coralliens, ainsi que de cultiver et de planter des coraux. La différence entre ce travail et d’autres recherches scientifiques est que nous passons la plupart de notre temps à travailler sur le terrain. Les coraux ne sont ni présents ni disponibles partout. Ils poussent dans des eaux tropicales et subtropicales propres et ont des exigences très élevées en termes de sédiments, de température et de lumière. Par conséquent, nous devons plonger pour effectuer des travaux d’enquête et de recherche. La plongée est un travail à haut risque, et il n’y a pas de place pour l’erreur, sinon, c’est l’accident fatal. Nous nous sommes habitués aux températures, à la salinité et à l’humidité élevées. Les œufs de corail doivent être collectés pendant la reproduction sexuée des coraux. L’ovulation des coraux a lieu généralement la nuit, et le moment n’est pas facile à déterminer. Nous devons généralement rester sous l’eau pendant deux heures par jour pendant une semaine dans des conditions météorologiques difficiles. La chance est à ce prix. 

He Haohao participe à la culture du corail. 

La plantation de coraux fait face à divers problèmes. On fixe les coraux dans un plateau (coupe de corail), puis on construit une étagère semblable à une pépinière au fond de la mer, et on y place les coupelles de corail. C’est une façon dont nous cultivons les coraux avant de les transplanter dans les fonds marins. Avant d’aller à l’eau, il faut porter sur le dos 50 ou 60 kilos de matériel de plongée. Ce travail nécessitant beaucoup de force physique, les bouteilles d’air sont épuisées en moins de 40 minutes. Le travail de vissage pour les fixations dans les fonds marins n’est pas facile, et il faut parfois une demi-heure pour poser une vis. 

Les conditions météorologiques extrêmes constituent une épreuve non seulement pour les humains, mais aussi les coraux. Il y a de nombreux typhons dans la région de la baie de Dapeng à Shenzhen chaque année, et le taux de croissance des coraux durs est également très lent. En cas de typhon dévastateur, les semis de coraux qui viennent d’être cultivés disparaissent sous les coups de butoir des fortes vagues. Plus tard, après une expérimentation continue, avec mon équipe, nous avons inventé une technologie brevetée pour intégrer les pousses de corail sur une courte base cylindrique semblable à un « burger aux œufs », et la fixer avec un adhésif spécial sous-marin rapide non toxique. En 2018, le typhon Mangoustan a ravagé la côte sud-est et les coraux qui ont été plantés en sont sortis indemnes. De plus, il y a beaucoup de solides en suspension et de sédiments près de la côte. Si les coraux sont plantés sur des récifs coralliens indigènes, ils peuvent s’asphyxier et mourir. Nous avons également inventé un fluide hydrodynamique pour maintenir le récif. Un espace multidimensionnel peut favoriser la formation endogène d’une écologie autonome et complexe du récif corallien. Une légère élévation du corail peut également réduire l’impact des matières en suspension et des organismes hostiles sur le corail. Lorsqu’on rencontre des difficultés, ce qu’on peut faire, c’est de se tourner vers la technologie pour trouver des améliorations petit à petit. À ce jour, nous avons planté plus de 160 000 coraux sur une superficie de plus de 10 hectares. 

Depuis 2006, nous nous sommes engagés dans une activité d’intérêt public, le Recensement des coraux du Guangdong, qui a été menée pendant 15 années de suite avec des plongeurs bénévoles et la participation de scientifiques. L’état de santé des coraux le long de la côte du Guangdong est étudié chaque année, les problèmes sont détectés à temps, des suggestions en termes de protection sont avancées et des bénévoles participent à des activités de protection de l’environnement marin afin de permettre à plus de personnes de protéger les coraux. Jusqu’à présent, plus d’un millier de bénévoles ont participé à ces activités, et He Haohao est l’un d’entre eux. 

He Haohao a appris la natation synchronisée dès son plus jeune âge et elle entraîne l’équipe de natation synchronisée de Guangzhou. « J’ai participé au concours international Miss Plongée sous-marine en 2017, et j’ai pris connaissance de la conservation et de la plantation de coraux. Ce n’est qu’alors que j’ai su à quel point nos océans étaient menacés et que les coraux sont essentiels dans les fonds marins », a-t-elle souligné. En tant que bénévole, cette jeune trentenaire a participé à l’adoption des tortues marines, au nettoyage des plages, à la collecte des déchets marins, à l’étude et la plantation de coraux. Beaucoup la connaissaient car elle incarnait une sirène dans le programme de danse sous-marine de la station de radio et de télévision du Henan. Elle souhaite maintenant que plus de gens sauront ce qu’elle a fait pour protéger l’environnement marin, en appelant à participer à la conservation des coraux et à la protection de l’environnement marin. 

Le travail de recherche scientifique de la protection des coraux est loin d’être suffisant pour reposer sur les seuls scientifiques. Il nécessite la participation de tous, car tout le monde est intimement lié à l’océan, et l’avenir de l’océan est aussi lié au destin de chacun d’entre nous.   

*LIAO BAOLIN est ingénieur en chef en protection de l’environnement marin à l’Institut de recherche de Shenzhen (Université océanique du Guangdong) 

 

 

 

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