Voix des jeunes

Les enfants de Fuping en chœur pour l'hymne olympique
By LIN JIAHAO* | Dialogue Chine-France | Updated: 2022-04-07 14:17:00

Le 4 février 2022, la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Beijing a eu lieu au Stade national. Quarante-quatre enfants du « Chœur d’enfants Malanhua » venant du district de Fuping, situé dans la province du Hebei, ont chanté l’hymne olympique pendant que le drapeau olympique était hissé. En regardant cette scène devant ma télévision, j’étais à la fois ému et impressionné. Ayant été leur professeur de grec, je les ai vus évoluer pendant des mois, et après avoir visionné ce merveilleux spectacle, j’ai senti que ces mois de travail acharné ont été dûment récompensés. 

La cérémonie de clôture des JO d’hiver de Beijing au Stade national se déroule en présence de la Chorale des enfants de Malanhua, le 20 février 2022.  

Je suis en troisième année à l’Université des langues étrangères de Beijing, majeure en licence de langue grecque. En fin d’année dernière, mon professeur devait choisir un étudiant qui l’accompagnerait dans le district de Fuping, afin d’enseigner le grec aux enfants de ces régions montagneuses. Plusieurs de mes camarades se sont inscrits, mais j’ai finalement été pris au bout d’un processus de sélection.  

J’ai appris plus tard que ce travail était lié aux Jeux olympiques d’hiver de Beijing. Le Chœur d’enfants Malanhua rassemble des élèves de différentes écoles primaires de Fuping. Ce district est une ancienne base révolutionnaire, où les Œuvres choisies de Mao Zedong, éditées par Deng Tuo en 1944, ont été publiées pour la première fois. En 1943, la fille de Deng Tuo, Deng Xiaolan (décédée récemment), est née dans la région et a été placée en famille d’accueil dans le village de Malan pendant trois ans. En 2003, après sa retraite, il lui a paru essentiel de faire des allers-retours entre Beijing et Malan plusieurs fois par an afin d’enseigner bénévolement la musique aux enfants du village. Jusqu’à présent, près de 500 instruments de musique et près de 1 000 livres ont été donnés et plus de 200 élèves ont été formés. C’est ainsi qu’est née la chorale Malanhua. 

Avant de rencontrer les membres de la chorale, j’appréhendais quelque peu la complexité de la mélodie et des paroles de l’hymne. À mon arrivée à Fuping, j’ai été touché par l’enthousiasme des enfants. Pourvus de bonnes capacités vocales, ils apprenaient rapidement. À partir de l’alphabet grec, je leur enseignais la prononciation correcte. Plus tard, Mme Deng, professeure de chant, m’a suggéré d’ajouter le pinyin pour les aider dans la prononciation. Nous avons constamment exploré des méthodes d’enseignement adaptées aux enfants, combinant l’anglais, le pinyin et l’alphabet grec pour faciliter cet apprentissage. 

Assimiler le grec n’est pas aisé. Avant de venir à Fuping, je chantais cette chanson quotidiennement. Je ne l’ai sue par cœur qu’au bout d’une semaine. Les membres de la chorale sont principalement des écoliers des environs dont le plus jeune n’a que cinq ans et est encore à l’école maternelle. Ils étaient toujours motivés, j’ai même entendu une fillette fredonner l’air sur le rebord d’une fenêtre pendant la récréation. 

Deng Xiaolan (2e à g.), Lin Jiahao (c.) et les « bébés tigres » 

Il était important pour moi de laisser les enfants ressentir les émotions de cette chanson. Au cours de la formation, je leur ai non seulement enseigné la prononciation, mais aussi la signification de chaque mot. J’espérais qu’ils puissent en comprendre l’esprit. Je leur ai également raconté des mythes occidentaux et parlé des événements sportifs afin d’améliorer leur compréhension de la culture que contient cet hymne. Par exemple, les enfants ne sachant pas ce que signifiait « pèlerin », j’ai dû leur expliquer que les pèlerins devaient traverser des montagnes pour atteindre l’endroit qu’ils considéraient comme sacré. Finalement, ils ont pu saisir et ressentir l’esprit olympique. Après le spectacle, beaucoup d’entre eux ont exprimé leur souhait de devenir athlète ou musicien. Un autre a dit que son idole était le patineur de vitesse sur piste courte Wu Dajing, espérant même pouvoir être aussi bon que lui un jour. 

Dans un premier temps, comme j’enseignais aux côtés d’une professeure de chant et d’un auxiliaire de vie scolaire n’ayant aucune connaissance de la langue grecque, j’ai dû guider seul les enfants au chant. Une fois qu’ils ont eu presque tout appris, la professeure de chant a pu les reprendre. Au cours de ces entraînements, j’ai visité le district de Fuping à deux occasions, et j’y suis resté à chaque fois une dizaine de jours. Bien que ce fût court, mes élèves et moi avons établi une relation profonde. Entre les cours, ils m’emmenaient souvent dans l’amphithéâtre pour chanter en karaoké, ce qui m’a beaucoup ému. Il y a 20 ans, avant l’arrivée de Mme Deng, aucun des enfants d’ici ne savait jouer d’un instrument ni chanter, encore moins dans une chorale ! 

Quelques jours avant la cérémonie d’ouverture, ma mission avait été remplie avec succès, la performance du chœur a reçu l’éloge et l’attention de tous. Des centaines de millions de téléspectateurs nationaux se souviennent de ce chant et ont découvert par la même occasion l’histoire de cette chorale. J’étais particulièrement fier d’entendre les médias grecs parler de ces enfants, complimentant leur chant, et les trouvant très professionnels. Plus tard, sachant qu’ils allaient assister à la cérémonie de clôture, je me suis installé devant la télévision, attendant le bouquet final. Les enfants avaient changé de tenues et certains mouvements étaient différents de la cérémonie d’ouverture. J’en ai déduit qu’ils avaient appris en très peu de temps un grand nombre de nouveaux mouvements, et je les admirais vraiment. 

À chaque spectacle, les élèves voyageaient trois à quatre heures de route du district de Fuping à Beijing, ce qui était assez éprouvant pour eux. En raison des circonstances particulières de l’épidémie, ils ne pouvaient rentrer chez eux avant un certain temps, ce qui était une épreuve supplémentaire. Mais ils étaient comblés, car ils avaient enregistré et vu tellement de nouvelles choses ! Pour ces enfants de la montagne, à un si jeune âge sur une si grande scène, cette expérience fut un point de départ important dans leur vie. Grâce à cet hymne olympique, nous avons eu l’opportunité de répandre la langue grecque et l’esprit olympique dans les régions montagneuses, tout en favorisant les échanges culturels entre la Chine et la Grèce ainsi que le monde entier. 

Cette petite expérience a semé des graines de rêves, tant dans mon cœur que dans celui des enfants. Personnellement, en tant que jeune adulte de la génération Z, je suis dorénavant plus conscient de la beauté des échanges sportifs et culturels. À l’avenir, j’utiliserai la traduction linguistique à différentes occasions afin de renforcer la compréhension et l’amitié entre les peuples. 

*LIN JIAHAO est étudiant en 3e année de licence à l’Université des langues étrangères de Beijing, majeure de licence en grec 

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