Médiatiquement, nous sommes plongés, malgré nous et depuis des mois, dans une sorte de feuilleton intitulé « La Nouvelle guerre froide » ou encore « La Guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis »... L’usage du mot « guerre » a tendance à paralyser notre esprit et à nous soumettre à une seule et même vision de ce qui se déroule. Une telle vision apocalyptique nous empêche de voir l’histoire des relations diplomatiques entre la Chine et les États-Unis.
Aurions-nous la mémoire courte ? Avons-nous déjà oublié l’importance du rôle de la Chine dans la lutte contre le fascisme lors de la Seconde Guerre mondiale ? N’est-ce pas grâce à son engagement auprès des Alliés que la Chine a été immédiatement nommée membre du Conseil de sécurité des Nations Unies ? Le président Franklin D. Roosevelt, se référant aux « trois grands » plus la Chine, parlait des « quatre gendarmes ». La Chine est donc bien un des gardiens du pacifisme et de la sécurité mondiale. Et si nous étions attentifs, nous serions capables de voir que la Chine est la financeuse principale du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ce n’est pas un simple point de détail. Nous voyons que la Chine est fidèle à son principe de pacifisme et de multilatéralisme.
Le 15 août 2019, une exposition photographique commémore le 40e anniversaire de l’établissement
des relations diplomatiques entre la Chine et les États-Unis à Boston.
Tout semblait dit dès 1984
Le 26 mai 1994, Bill Clinton affirmait qu’il avait décidé de renouveler l’octroi de la clause de la nation la plus favorisée (clause NPF), meilleure façon selon lui de « poser les fondations d’un progrès durable sur le long terme en matière de droits de l’homme tout en faisant avancer nos autres intérêts. » Ce discours est fondateur, il a marqué le début d’une stratégie américaine « d’engagement » envers la Chine. Le président déclarait ainsi : « Nous aurons plus de contacts. Nous ferons plus de commerce. Nous aurons plus de coopération internationale. Nous aurons aussi des dialogues plus intenses et constants sur les questions des droits de l’homme. Tout cela nous donnera une chance de voir la Chine devenir une puissance responsable qui grandisse non seulement économiquement mais [gagne] aussi en maturité politique. » Le 20 mai 1996, lors de la 29e réunion internationale du Conseil économique du bassin Pacifique, le président américain Bill Clinton annonçait qu’il allait renouveler la clause NPF, cet accord douanier préférentiel qui favorise les échanges commerciaux entre la Chine et les États-Unis.
« Tout à gagner à coopérer »
Mais depuis quelques années, on observe un acharnement médiatique occidental à l’encontre de la Chine. Cette défiance a des conséquences économiques, politiques et humaines désastreuses. En d’autres termes, le maintien de la stabilité est plus que nécessaire. Comme le souligne Yang Jiechi, directeur du Bureau de la Commission des affaires étrangères relevant du Comité central du PCC, dans sa déclaration : « La préservation et la stabilisation de cette relation sont un enjeu à la fois pour le bien-être des peuples chinois et américain et pour celui de tous les peuples du monde, et aussi un impératif pour la paix, la stabilité et le développement dans le monde. Comme l’a déjà indiqué le président Xi Jinping en 2014, l’histoire et la réalité montrent que la Chine et les États-Unis ont tout à gagner à coopérer et tout à perdre à se battre. Leur coopération permet d’accomplir de grandes choses dans l’intérêt des deux pays et du monde, et leur confrontation sera un désastre pour les deux pays et le monde. »
La question est : comment maintenir cette stabilité ? Quelle méthode appliquer pour revenir à cette hauteur de vue ? Comment rester pragmatique particulièrement quand le prisme médiatique occidental fait de la Chine un ennemi aux yeux de l’opinion publique ?
*SONIA BRESSLER est écrivaine et experte française sur la Chine