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La Chine et l'Afrique, une communauté de destin qui vient de loin
By Lyazid Benhami | Dialogue Chine-France | Updated: 2020-12-08 09:53:00

Le département électricité des chemins de fer éthiopiens se prépare pour l’essai de glissement thermique d’une motrice électrique.

   

  Les liens entre la Chine et l’Afrique sont très anciens. Au XIVe siècle, par voie terrestre, l’explorateur berbère Abu Abdallah Ibn Battûta fut l’un des premiers Africains à témoigner de la profondeur de la civilisation chinoise. Après un long périple à travers l’Arabie, la Perse, la Russie et l’Inde, il arriva en Chine en 1346 et poussa jusqu’à Quanzhou, sur la côte orientale. À l’image de Marco Polo, il fit un récit détaillé de tout ce qu’il avait vu. Une chose l’avait particulièrement impressionné : le fait que les Chinois utilisent déjà des billets pour les transactions. Ces billets portaient le sceau du gouvernement local et leur valeur était garantie par un établissement financier, comme le font les banques centrales de notre époque.

  Au siècle suivant, par voie maritime et voguant de l’est vers l’ouest, ce sera le grand navigateur chinois Zheng He qui accostera en Afrique avant de rejoindre les Amériques. Zheng He partit du port de Taicang, près de Shanghai, pour rejoindre l’archipel de Zanzibar, au large des côtes tanzaniennes. À la même époque, des dignitaires africains furent invités en Chine pour assister à la « conférence internationale » organisée en 1421 par l’empereur Yongle et qui témoigna du rayonnement de la Chine des Ming (1368-1644).

  Paradoxalement, la Chine s’est ensuite repliée sur elle-même. Puis, l’Afrique et la Chine vécurent les périodes coloniales, chacune à leur manière. Il aura fallu attendre la deuxième moitié du XXe siècle pour qu’elles renouent le contact.

  À l’origine des liens Chine-Afrique, le rejet des hégémonies

  Après sa fondation en 1949, la Chine nouvelle retrouve l’Afrique à l’occasion de la conférence de Bandung, en Indonésie, en avril 1955. Sous l’impulsion de Zhou Enlai et de Gamal Abdel Nasser, la conférence jette les bases du Mouvement des non-alignés, avec des pays africains décolonisés ou en voie de l’être, dessinant ce « tiers monde » qui rejeta la « double hégémonie » de l’URSS et des États-Unis.

  La Chine a tout particulièrement aidé l’Algérie à recouvrer son indépendance, notamment par un soutien diplomatique capital en accueillant les représentants du GPRA, le gouvernement provisoire. L’un des dirigeants de la révolution algérienne, Krim Belkacem, fut reçu à Beijing en août 1960.

  Le Caire (1964), Lusaka (1970) et Alger (1973) illustrent la place importante de l’Afrique dans l’organisation des sommets du Mouvement qui deviennent réguliers. Ils édictent les principes du droit à l’indépendance, du règlement pacifique des conflits entre les membres et de la non-ingérence dans les affaires intérieures.

  Le sommet d’Alger fait aussi émerger l’idée d’un « nouvel ordre économique international ». Les pays du tiers monde revendiquent leur droit au développement économique et se réapproprient pour certains le contrôle de leurs matières premières. Quelques pays africains réussissent tant bien que mal à se détacher de l’emprise de l’ancien colonisateur et recherchent une unité d’action avec la Chine. On évoque même la notion de destin commun.

  C’est dans cette période historique des non-alignés que les liens entre la Chine et l’Afrique trouvent leurs attaches. Ces liens donnent des devoirs et des droits entre les pays membres : des devoirs de solidarité et de soutien et des droits en réciprocité pour chacun.

Le 13 décembre 2017, lors de la 1ère Exposition de coopération sino-africaine sur la capacité industrielle à Nairobi, au Kenya, une entreprise chinoise présente des informations au public africain.

  Des financements sans précédent pour la croissance

  L’essor économique chinois à partir de 1978 a permis à la Chine d’avoir une balance commerciale excédentaire et une capacité d’investissement très importante. La Chine n’a cessé dès lors d’investir en Afrique. En devenant la 2e économie mondiale, la Chine ne peut évidemment pas se dérober au rôle inhérent à une superpuissance. Au fil des dernières décennies, la politique chinoise en Afrique est donc devenue globale, tout à la fois économique, politique, diplomatique et enfin militaire.

  Après la mise en place en 2002 du Forum sur la coopération sino-africaine (FCSA), avec l’Union africaine et 53 pays, l’effort d’investissement et d’aide en direction des pays africains a augmenté d’une façon considérable. Les financements chinois ont maintenant largement dépassé ceux en provenance des États-Unis. La part de programmes d’aide et de prêts sans intérêt s’est accrue récemment à la demande du président Xi Jinping pour ne pas entraîner le surendettement africain. Les échanges commerciaux sino-africains sont en augmentation rapide et se rapprochent de ceux entre l’Europe et l’Afrique.

  C’est dans le domaine des infrastructures que la Chine a été la plus performante, dans un continent où le colonialisme avait privilégié les grands moyens de production et de transport pour les besoins de l’exportation vers le monde occidental. Toujours accompagnés d’un financement et conclus avec rapidité, les contrats de construction avec la Chine ont été multipliés par vingt pendant la première décennie de ce siècle. Ils ont contribué à l’essor de la téléphonie mobile, des routes et des voies ferrées et donc au désenclavement de territoires et à l’amélioration du commerce intra-africain traditionnellement faible.

  La Chine a une responsabilité importante vis-à-vis de l’Afrique : celle de la soutenir et de l’aider à avoir sa part de développement réel. De son côté, l’Afrique doit engager des réformes sérieuses aussi bien en matière économique qu’au niveau de la gouvernance. C’est à ce prix que le concept du gagnant-gagnant pourra devenir vertueux.

La Zone de coopération économique et commerciale Chine-Égypte TEDA Suez

  Sur le plan culturel, on a assisté ces dernières années au développement de nombreux instituts Confucius.

  La responsabilité politique de la Chine comporte sa dimension militaire. À l’instar de certains pays occidentaux, comme les États-Unis ou la France, elle s’est invitée militairement sur le sol africain. Les missions sont de diverses natures. Au Mali et au Soudan par exemple, elle participe aux forces d’interposition et de paix. Dans la zone sensible de Djibouti, elle a installé sa base de soutien logistique aux côtés des bases militaires de quatre autres puissances mondiales (la France, les États-Unis, le Japon et l’Italie).

  En mars 2013, le président Xi Jinping avait consacré son premier voyage officiel international à trois pays africains (la Tanzanie, l’Afrique du Sud et la République du Congo) afin de souligner combien les pays en développement étaient « une base de la diplomatie chinoise ». La communauté de destin entre la Chine et l’Afrique dessinée en 1973 à Alger trouve aujourd’hui de nouvelles formes, plus universelles, dominées par les échanges entre les peuples et les grandes voies de la communication.

 

  Lyazid Benhami • fondateur de l’agence de communication Mulan Road

Numéro 5 novembre 2020
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