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La Chine à l'orée du XIVe Plan quinquennal
By JEAN PÉGOURET | Dialogue Chine-France | Updated: 2020-12-17 17:05:00

Le 19 août 2019, des passants déambulent le long de la Rue des célébrités Internet dans le quartier des affaires, à la station de métro Beijing Road à Guiyang (Guizhou).

   Le XIVe Plan quinquennal (2021-2025), examiné et adopté le 29 octobre 2020 à l’issue de la cinquième session plénière du XIXe Comité central du Parti communiste chinois, doit être soumis à l’approbation de l’Assemblée populaire nationale en mars 2021.

  Dans son discours du 18 novembre 2020, lors du 12e Sommet des BRICS, le président Xi Jinping en a donné un résumé. « à partir de l’analyse scientifique du développement de la Chine, nous parachèverons fermement ce nouveau concept de développement et travaillerons activement à une nouvelle dynamique de développement où le circuit intérieur et le circuit international se renforceront mutuellement. Des mesures énergiques élargiront la demande intérieure, approfondiront les réformes de manière globale et promouvront l’innovation technologique afin d’insuffler plus de vitalité à l’économie chinoise. La Chine ne refermera pas ses portes, mais les ouvrira toujours davantage ».

  Les enjeux du XIVe Plan quinquennal

  La Chine est parvenue à bâtir une société modérément prospère à tous égards et s’engage en 2021 sur la voie de l’édification d’une société socialiste moderne à l’horizon 2049, année qui marquera le centenaire de la fondation de la République populaire de Chine. à cette fin, le XIVe Plan quinquennal s’articule autour de trois objectifs : le « double circuit » visant à renforcer le marché intérieur afin d’accroître le niveau de vie de la population chinoise tout en poursuivant le développement des échanges internationaux ; la promotion de l’innovation technologique, qui place la Chine non plus en situation d’acquéreur, mais de créateur de nouvelles technologies ; et l’approfondissement de la réforme touchant directement à la gouvernance de la Chine.

  Par ailleurs, la Chine procédera à l’aménagement technologique du territoire autour de la diffusion à l’échelle nationale des nouvelles technologies de l’information et ouvrira des secteurs publics aux participations privées étrangères. La force des investissements publics envisagés est sans commune mesure avec ceux du passé. Au moins 17 000 milliards de yuans (2 400 milliards de dollars) seront débloqués d’ici 2025 pour l’aménagement high-tech du pays, moyen prioritaire pour relancer l’économie. Le pays va aussi réduire ses émissions de carbone, conformément aux engagements pris lors de la COP21 en 2015. L’objectif de la Chine est de parvenir à un pic des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. La Chine reste dépendante à plus de 60 % du charbon pour sa production d’énergie. L’objectif est de ramener cette part à 50 % d’ici à 2030.

  La Chine s’attache aussi à définir les moyens de procéder à la relance industrielle pour remédier aux secousses économiques dues à la pandémie de COVID-19 dans un contexte qui lui est moins favorable. Concernant les échanges internationaux, Xi Jinping a souligné les difficultés liées aux restrictions imposées par les états-Unis sur les importations de produits high-tech.

Le 22 novembre 2020, à l’Expo « Lumières d’Internet » lors de la Conférence mondiale de l’Internet à Wuzhen (Zhejiang), le groupe China Electronics Technology présente un robot quadrupède.

  Consommation et hautes technologies

  La Chine a mieux surmonté l’épreuve du COVID-19 que la plupart des autres pays. Elle les a aidés en étant la première à restaurer son activité économique et en leur apportant son assistance. Les échanges avec l’Union européenne (UE) et les états-Unis ont progressé au troisième trimestre 2020 par rapport à la même période l’année dernière. Les ventes de Mercedes en Chine ont augmenté de 16 % et celles de BMW de 30 %. Malgré des discours protectionnistes, moins de 11 % des entreprises de l’UE envisagent de délocaliser leurs activités depuis la Chine ou de changer leurs projets d’investissements en Chine.

  La plupart des observateurs étrangers retiennent deux points du XIVe Plan quinquennal : le pivot vers la consommation intérieure et l’autonomie technologique et le fait qu’aucun objectif de croissance du PIB n’est affiché. La croissance chinoise sera, selon le Fonds monétaire international, limitée à 1,2 % en 2020 en raison de la crise du coronavirus. Cependant, d’après l’Institut de recherche de la Banque de Chine, la banque centrale du pays, la croissance du PIB chinois devrait s’établir à 7,5 % en 2021 (après avoir été réduite à 2,1 % en 2020) et sera comprise dans une fourchette de 5 % à 6,1 % au cours des cinq années suivantes.

  La Chine dispose d’atouts pour stimuler sa consommation intérieure, grâce à sa population de 1,4 milliard d’habitants, avec 900 millions d’actifs, dont 400 millions de personnes à revenus intermédiaires, et 120 millions d’acteurs de marché. Les 500 à 700 millions de Chinois de la classe moyenne sont un moteur essentiel de croissance pour les cinq ans à venir, selon l’Académie des sciences sociales de Chine. Dans la compétition technologique entre la Chine et les états-Unis, ces derniers tiennent encore le haut du pavé, mais selon la chaîne américaine CNBC News, la Chine dispose du potentiel pour les rattraper à terme.

  Le XIVe Plan quinquennal cible les provinces de l’ouest, avec le déploiement d’énergies nouvelles et de réseaux de télécommunications basés sur les technologies modernes de l’information portées par Huawei, principale victime de l’embargo américain. Sur le plan privé, Huawei a créé le « marché mondial du nuage Huawei » (HCGM : Huawei Cloud Global Market), desservant 45 territoires et 23 grandes régions du monde avec des centres de données hors de Chine.

  Outre les opérateurs de la partie continentale de la Chine comme Huawei, China Mobile, Tencent, Alibaba, l’ouverture sur l’extérieur se concrétise avec le suédois Ericsson, concurrent de Huawei, et le fabricant taïwanais de composants Lite-On Technology. En plus des 2 400 milliards de dollars d’argent public investis sur cinq ans, Tencent et Alibaba se sont chacun engagés à investir 60 milliards de dollars américains.

  L’édification d’une société socialiste moderne en 2049 passe également par un approfondissement de la réforme que les objectifs économiques seuls ne peuvent remplir. Des avancées doivent ainsi être réalisées dans l’économie socialiste de marché, la réforme du droit de propriété, l’allocation des facteurs de production basée sur le marché, l’intégrité intellectuelle et morale des personnes, les qualités culturelles et scientifiques, la santé physique et mentale, l’accroissement de l’influence de la culture chinoise et la cohésion de la nation chinoise.

Le 11 novembre 2020, le Sommet Huawei « nuage et connexion » à Bangkok présente l’informatique en nuage, la 5G et l’intelligence artificielle.

  Le plan quinquennal chinois, un modèle dans un monde troublé

  Le plan quinquennal a été lancé en Chine en 1953, au départ sur le modèle soviétique. Initialement directif, il a donné un poids croissant aux entreprises privées et est devenu indicatif à partir de 2006. Il a permis au pays de construire sa capacité industrielle, son indépendance et de sortir plus de 800 millions de personnes de la pauvreté, tout en poursuivant sa politique d’ouverture et de réforme.

  Le plan quinquennal chinois cherche réellement à réaliser ce qui est le mieux pour le pays dans une perspective de long terme, en ne livrant pas le développement national aux aléas du marché et aux acteurs étrangers. Dans de nombreux pays, la politique prime sur les engagements des dirigeants. Ce qu’ils font et ce qu’ils ont l’intention de faire sont souvent deux choses différentes, comme l’a souligné M. Fey, ancien professeur de commerce international finlandais, qui a longtemps vécu à Ningbo. « Tandis que la Chine prépare des plans quinquennaux pour la prochaine génération, les Américains ne pensent qu’aux prochaines élections », soulignait pour sa part Robert F. Engle, prix Nobel d’économie en 2011.

 

  JEAN PÉGOURET • fondateur de Saphir Eurasia Promotion

Numéro 5 novembre 2020
LA CHINE ET LES NATIONS UNIES
Renforcer la coopération dans le domaine de la santé entre la Chine et la France
La CIIE permettra aux entreprises françaises d’accéder au marché chinois
Étincelle du dialogue sino-français sur les civilisations
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