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Pour une coopération juste et raisonnée
By Nicolas Zinque | Dialogue Chine-France | Updated: 2020-12-17 17:17:00

Un chercheur travaille au siège de la société de biotechnologie Valneva SE à Saint-Herblain, près de Nantes, le 30 juillet 2020.

   Ces dernières décennies, la mondialisation et la coopération internationale se sont dans l’ensemble intensifiées chaque année. Au-delà du cas des États-Unis, qui avaient amorcé un repli sur eux-mêmes après l’élection de Donald Trump, personne ne s’attendait à ce que l’année 2020 marque un coup d’arrêt brutal à cette dynamique. Dans les premiers mois de la propagation du COVID-19, des voix de plus en plus fortes ont demandé une réduction, voire un arrêt complet de la mondialisation. L’Europe, notamment, a découvert sa vulnérabilité aux épidémies, son manque de préparation et son incapacité à fabriquer des masques rapidement et en suffisance. Puis ce fut la crainte de tomber à court de médicaments, voire de biens de confort, ceux-ci étant désormais, pour partie, produits en Chine. « Il fallait arrêter cela immédiatement et réindustrialiser l’Europe », entendait-on sur le Vieux Continent.

  Mais les mois passants, les discours sont redevenus plus rationnels. Non, il est impossible de revenir en arrière, car les économies sont bien trop imbriquées aujourd’hui. Aucun pays ne peut vivre en autarcie, parce qu’il y a forcément des biens qui doivent être importés. L’isolement n’est pas non plus souhaitable, parce qu’un pays qui se couperait du monde, aussi puissant soit-il, serait incapable d’affronter les immenses défis qui nous attendent, et en premier lieu, le changement climatique.

  Revenons à l’exemple du COVID-19 : la pandémie a démontré le non-sens du repli sur soi. À toutes les étapes de la lutte contre une épidémie (et une potentielle pandémie), une grande coopération peut sauver des vies : lorsqu’un virus apparaît, il est nécessaire de partager avec le monde entier, le plus rapidement possible, toutes les informations dont on dispose. Si le fléau se répand, il faut également s’accorder sur les mesures à adopter. Par exemple, les pays de l’UE, pourtant très fortement liés, ont chacun réagi à des rythmes différents, avec des mesures différentes et parfois même avec des stratégies complètement opposées.

  À l’heure où les premiers vaccins arrivent sur le marché, il serait bon également que les pays du monde coopèrent pour protéger les populations les plus à risque et pour donner la priorité aux endroits les plus dramatiquement touchés. Mais on semble se diriger vers une bagarre dans laquelle les plus riches s’offriront tous les vaccins au détriment des plus pauvres. Enfin, la crise du COVID-19 a donné une dramatique piqûre de rappel au monde : prévenir est mieux que guérir. Il serait bon que les pays coopèrent, via l’OMS ou l’ONU, pour mettre au point des plans rationnels pour ce type de situations. Il en existe déjà, mais on ne peut que reconnaître qu’ils n’ont pas fonctionné de manière satisfaisante. Les failles doivent être identifiées, non pas pour accuser quelqu’un, mais pour que cela n’arrive plus jamais. Seule une coopération internationale permettra d’éviter la propagation d’un « autre COVID ».

Le 9 janvier 2018, dans un quartier résidentiel de l’arrondissement Yanta, à Xi’an (Shaanxi), des résidents effectuent leurs achats devant un distributeur automatique.

  Une solidarité verte

  Cette plus grande coopération, elle est également et surtout nécessaire en matière de développement durable. Comme les virus, la pollution se moque des frontières. Les pays, dont la France et la Chine, doivent lutter individuellement sur leur territoire et mettre en place des mesures qui favorisent un monde plus vert pour leurs citoyens. Mais à quoi cela sert-il, si ailleurs dans le monde, l’air et l’eau sont contaminés ? Cette pollution s’arrêtera-t-elle à nos frontières ? Bien sûr que non. C’est pourquoi les nations doivent également lutter collectivement et trouver des solutions communes. L’Accord de Paris a été une étape importante et salutaire dans cette direction. D’autres outils existent également, tels les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies. Ces derniers ont le mérite d’aller au-delà du climat, en se penchant notamment sur les questions de la pauvreté, des inégalités, de la paix, de la coopération et de la prospérité pour tous.

  C’est ici que l’on peut reconnecter le développement durable à la coopération et à l’économie. Comme on le sait, ce sont les pays qui polluent le moins, comme ceux du continent africain, qui seront les plus touchés par le réchauffement climatique (sécheresses) C’est d’autant plus injuste qu’ils ne disposent pas des mêmes moyens que les pays riches pour s’en protéger alors même que certains de ces pays africains fournissent les matériaux rares nécessaires aux technologies vertes utilisées dans les pays développés (pour la confection des batteries de voitures électriques, des éoliennes). Cela doit changer, et pour cela, les pays (ou unions de pays) plus avancés, comme la Chine, l’UE ou les États-Unis doivent faire preuve de solidarité.

  Du local au global

  L’idée d’agir localement tout en coopérant au niveau international en matière de climat est également valable du point de vue économique. Tirant des enseignements de la crise économique engendrée par la pandémie, la Chine prévoit de s’appuyer sur son vaste marché domestique tout en continuant à s’ouvrir toujours plus, de sorte que ce marché domestique serve de tremplin aux échanges économiques internationaux.

  Il me semble que s’appuyer sur son marché intérieur, en tout cas pour certains produits, est un modèle qui devrait être également privilégié par les autres pays. C’est un principe de base, mais qui semble avoir été oublié. Prenons un exemple concret : vivant actuellement en Belgique, il me semble évident que je dois privilégier l’achat de produits alimentaires venant de Belgique, voire des pays voisins et d’Europe. Il me paraît insensé d’acheter des produits alimentaires provenant de Chine s’ils peuvent être produits en Belgique (par exemple des légumes, de la viande), même si les marchandises chinoises sont moins chères. Ce n’est pas une question de repli sur soi, mais de bon sens environnemental. À l’inverse, le jour où je vivrai en Chine, il me paraîtra logique de consommer des produits de Chine, plutôt que d’en importer d’Europe. Pour ces types de produits, il est préférable que chaque pays soit autonome. Mais pour le reste, les échanges économiques ne doivent évidemment pas cesser.

 

  Nicolas Zinque • journaliste à La Chine au présent

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