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L'ouverture, je l'ai vue de mes propres yeux
By LI JUN | Dialogue Chine-France | Updated: 2020-12-22 16:45:00

En novembre 2013, Li Jun travaille sur un projet de cimenterie en Éthiopie.

   Je suis né dans les années 1980, aux premières heures de la politique de la réforme et de l’ouverture qui a fait souffler un vent nouveau en Chine. Et pendant une trentaine d’années, j’ai grandi au même rythme que l’ouverture continue du pays. Partout, j’en ai été le témoin, de mon village natal niché dans les monts Dabie au chef-lieu du district, puis jusqu’à Beijing où je suis allé pour mes études. Plus tard, je suis parti en Afrique pour contribuer à la construction économique des pays africains. Et sur ma route, j’ai découvert que la réforme et l’ouverture de la Chine avaient apporté d’énormes changements non seulement en Chine, mais aussi ailleurs dans le monde.

  Des monts Dabie à Beijing

  J’ai vu le jour dans un petit village au fin fond des monts Dabie (province de l’Anhui), village qui était autrefois sous la juridiction d’un district stratégique en matière de lutte nationale contre la pauvreté. Quand j’étais enfant, comme notre « aire de jeux » se bornait au village, notre passe-temps favori consistait à emmener le bétail paître à flanc de colline, en restant à l’affût des deux ou trois tricycles qui passaient chaque jour sur la route enlaçant la montagne. C’était le seul véhicule « motorisé » que l’on pouvait observer à l’époque.

  Mon père, titulaire d’un diplôme d’études secondaires, était la personne la plus instruite de la famille. Il travaillait alors à la station des technologies agricoles du canton. Et je me souviens de ce jour où, en 1990, alors que j’étais à l’école élémentaire en 4e année (équivalent du CM1), mon père nous a annoncé une grande nouvelle en rentrant à la maison : l’État lui proposait d’aller au Japon pour y étudier les technologies agricoles. C’était une chance inconcevable pour quelqu’un issu de notre village. Je me rappelle que le jour du départ de mon père, tous les locaux étaient venus lui souhaiter « bon voyage ».

  Alors que j’étais au collège, notre foyer a été raccordé à l’eau courante et au réseau électrique. Les routes ont également été réhabilitées, d’abord dans le chef-lieu du district puis jusqu’à notre village. Certains habitants de notre hameau ont commencé à chercher du travail à l’extérieur : chaque année, le premier mois lunaire, des cohortes de villageois quittaient le village ; le douzième mois lunaire, tous revenaient au village dans un brouhaha festif, impatients de célébrer le Nouvel An chinois. En ces temps-là, j’adorais écouter ces travailleurs migrants me raconter toutes les choses nouvelles qu’ils avaient découvertes en ville. À son retour du Japon, mon père a rapporté beaucoup de graines, avec lesquelles il a créé le premier champ de culture maraîchère de notre district. Puis, notre famille a décidé d’emménager au chef-lieu du district et nous avons quitté ce petit village dont mon frère cadet et moi gardons des souvenirs impérissables.

  À la fin du XXe siècle, j’ai été admis dans une université de Beijing. Quand je suis arrivé dans la capitale, j’ai vu de mes propres yeux ces scènes de la vie urbaine que m’avaient décrites les gens de mon village. Du point de vue de la diversité culturelle et du degré d’ouverture, Beijing devait certainement surpasser ses paires dans le sud du pays, comme Guangzhou et Shenzhen. Sur le campus de mon établissement, j’ai pu vivre et étudier au contact d’étudiants internationaux venant de tous les continents.

En septembre 2014, Li Jun effectue des recherches sur le secteur du bambou à Asosa, en Éthiopie.

  De Beijing à l’Afrique

  En 2009, j’ai déjà travaillé pendant plus de six ans après avoir obtenu mon diplôme universitaire. Mû par ma vocation d’aider les plus démunis sur le terrain, j’ai commencé à m’investir en Afrique. En 2012, je suis parti vivre en Éthiopie. Au cours des cinq années qui ont suivi, j’ai été témoin des transformations positives qu’ont suscitées les investissements chinois en Éthiopie, notamment pour ce qui est du développement économique et de l’amélioration des conditions de vie de la population. J’ai également pu attester de la croissance rapide de l’économie éthiopienne dans le cadre de la réforme et de l’ouverture.

  Quand je suis arrivé pour la première fois en Éthiopie, j’ai ressenti comme une impression de déjà-vu en constatant les infrastructures vétustes et le faible niveau de vie des habitants. À 20 km de la plupart des grandes et moyennes villes du pays, le seul élément rappelant la civilisation moderne n’était autre que les routes goudronnées construites avec l’aide internationale. La première fois que j’ai traversé un village en voiture, en voyant les cohortes d’enfants venues nous saluer, j’ai eu comme la vague impression d’être de retour sur cette colline où j’allais faire paître les troupeaux étant enfant. J’ai senti que le devoir m’appelait. J’ai pris conscience que ce pays d’Afrique densément peuplé (près de 100 millions d’habitants) devait de toute urgence ouvrir ses portes pour embrasser la civilisation moderne et promouvoir le développement économique.

  Ces 20 dernières années, les entreprises chinoises, publiques comme privées, ont investi dans plus d’un millier de projets en Éthiopie, allant de la construction d’infrastructures (réhabilitation de routes, édification de ponts, fabrication de ciment, etc.) aux services en passant par la fabrication (cordonnerie, agriculture, communications, etc.). Les sommes allouées ont joué un rôle majeur pour l’économie et le bien-être du peuple en Éthiopie.

  Sur la décennie pendant laquelle les deux plans de croissance et de transformation (GTP I et GTP II) ont été déployés en Éthiopie, le PIB a atteint un taux de croissance annuel moyen de 9,62 %. Et même en cette année 2020 où le COVID-19 a fait rage, le FMI s’attend à une croissance de 1,9 %. J’ai eu l’honneur d’être le témoin des principaux développements qui ont eu lieu en Éthiopie au cours de la mise en œuvre du GTP I. Certains projets d’investissement chinois ont permis de combler des lacunes dans le secteur industriel. Et les usines chinoises qui ont été construites sur place ont non seulement apporté des capitaux, des équipements et des technologies, mais aussi généré d’abondantes recettes en devises étrangères, en multipliant parallèlement les opportunités d’emploi. Dans le même temps, ces projets chinois ont fait sortir de terre des villes et bourgs plus ou moins grands. Là encore, j’ai pu voir de mes propres yeux les grands progrès sur le plan social que l’ouverture a occasionnés auprès des populations locales en Afrique.

La cimenterie gérée par Li Jun en Éthiopie favorise le développement économique local et l’emploi.

  De l’ouverture au développement

  À présent, de nombreuses sociétés des quatre coins du pays ont ouvert des usines et des franchises dans le petit chef-lieu dont relève mon village natal. En 2020, pour la toute première fois, une entreprise locale cotée au ChiNext (bourse de Shenzhen) a fait son entrée dans le chef-lieu. Pendant ce temps-là, le petit village où j’ai passé mon enfance se dépeuple, les jeunes étant toujours plus nombreux à s’installer dans les grandes villes ou à la périphérie, en quête de travail.

  Dans les Propositions sur l’élaboration du XIVe Plan quinquennal pour le développement économique et social et des objectifs à long terme à l’horizon 2035 que vient de publier le gouvernement chinois, le mot-clé « ouverture » est mentionné 23 fois. Ce texte énonce que depuis le lancement de la politique de réforme et d’ouverture, et plus particulièrement depuis son accession à l’OMC, la Chine s’est intégrée au système économique international, en orientant son marché et ses ressources vers l’extérieur. C’est ainsi qu’elle est devenue « l’usine du monde ». Ce nouveau modèle de développement a largement contribué à l’essor économique du pays et à l’amélioration de la vie des habitants. La Chine continuera de hisser haut la bannière de la paix, du développement, de la coopération et du partage des bénéfices. S’en tenant à une politique étrangère prônant les principes de paix et de non-ingérence, elle encouragera les interactions avec l’étranger à tous les niveaux et dans tous les domaines, afin de promouvoir l’établissement d’un nouveau type de relations internationales et la construction d’une communauté de destin pour l’humanité.

  Pour moi comme pour chacun de mes concitoyens, les propositions et initiatives appelant à persévérer dans l’ouverture du pays et à bâtir une communauté de destin pour l’humanité ne sont pas de simples slogans politiques du pouvoir suprême. Elles constituent des grandes orientations et des actions nationales qui ont des répercussions sur nos vies professionnelles et personnelles. Si le pays maintient son développement, l’économie continuera de croître et le niveau de vie de la population ne cessera de s’élever.

  Ces dernières années, et plus particulièrement depuis l’épidémie de COVID-19, des voix toujours plus nombreuses s’élèvent en faveur de l’unilatéralisme, en faisant fi de l’efficacité de la coopération internationale dans le monde. Toutefois, la plupart des gens restent confiants dans l’ouverture et la coopération. Nul ne peut nier que la société humaine, quels que soient les régions, les pays et les communautés, s’est développée en allant toujours plus loin dans l’ouverture.

 

  LI JUN • professionnel travaillant pour le Fonds de développement Chine-Afrique

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