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Ensemble pour la planète
By SONIA BRESSLER | Dialogue Chine-France | Updated: 2021-10-08 08:43:00

Banque de plasma germinatif de la faune et de la flore du sud-ouest de la Chine, le 9 mars 2017, à Kunming

 
Quand je lis le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) révélé le 9 août 2021, j’ai les larmes aux yeux. Comment ne pas penser aux alertes lancées par des philosophes comme Jacques Ellul, Ulrich Beck ou encore Jürgen Habermas… Nous pourrions même remonter à Lucrèce et à Confucius. 
« Dans ce rapport, on indique que c’est sans équivoque : l’influence humaine a réchauffé l’atmosphère, l’océan et les terres. Et contrairement aux textes précédents, nous n’indiquons pas de niveaux de confiance parce que c’est désormais un fait établi grâce aux progrès des études d’attribution », a affirmé la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du groupe n°1 du GIEC depuis 2015. 
Comment ne pas pleurer quand une telle annonce, qui devrait nous conduire à réfléchir à créer des énergies vertes et à réduire nos déchets, est presque immédiatement remplacée par la folie médiatique concernant l’arrivée d’un joueur international dans une équipe parisienne ? Avons-nous estimé le coût écologique d’une telle annonce ? Ou encore le coût écologique des compétitions internationales ? 
Je suis saisie d’un vertige. Cependant, ne voulant céder à la panique, mais assistant aux incendies en Europe et en Algérie, et aux sécheresses intenses en France, j’ai décidé d’écrire ce texte qui présente les pistes que nous pourrions explorer ensemble, main dans la main avec la Chine.    
 

Créer un pont écologique entre l’Europe et la Chine

Depuis ma naissance, à Paris, je n’ai pas été formée à l’écologie. Tous les efforts, j’ai dû les faire en apprenant avec mes parents (récupérer l’eau, essayer de créer de l’électricité, ne pas utiliser de sacs plastiques, etc.). À notre échelle, nous essayons de faire des efforts. Normal donc que j’ai effectué en train mon premier voyage en Chine, en 2015. J’ai même regretté d’avoir pris l’avion au retour… 
Lors de mes déplacements dans le Gansu et puis au Xinjiang, j’ai découvert comment la Chine reboise les zones désertiques. Au début, je n’arrivais pas à croire ce que je voyais pourtant de mes propres yeux. Des parties du désert du Taklamakan sont entièrement recouvertes de pousses d’arbres. Et si l’on se réfère à la carte interactive Carbonbrief, on découvre qu’en moins de quarante ans, la Chine a contrebalancé la déforestation du siècle dernier, en reboisant 79 millions d’hectares depuis les années 1990. 
À l’Académie chinoise de foresterie, des chercheurs ont mis au point un polymère favorisant la transplantation des arbres. Ce nouveau matériau, fabriqué à partir de glucomannane de Konjac (KGM), de chitosane (CA) et d’alcool polyvinylique (PVA), est destiné au renforcement de la motte de terre qui entoure les racines des végétaux à transplanter. Il est plus efficace que les billes d’argile et plus écologique qu’une consolidation avec des sacs. C’est un progrès considérable, qui nous permettrait de reverdir la France, particulièrement les forêts abîmées par des incendies. En effet, cette protection assure également l’équilibre hydrique de la plante. 
Ce n’est pas le seul projet qui a retenu mon attention, en Chine. Des recherches sont également menées concernant les productions en circuit court, notamment au moyen des fermes verticales. En 2016, durant un court séjour au Tibet, j’avais pu entrevoir cette recherche dans une ferme coopérative. Notons l’exploit sur un tel plateau à une telle altitude. 
Et, en termes de ferme verticale ou d’agriculture urbaine pour le futur, il y a Sunqiao Shanghai, un projet colossal qui vise à créer un espace où vivre et travailler tout en produisant des fruits, des légumes et des denrées alimentaires au cœur de la ville. Ce projet doit inclure 66 000 m2 de logements, 13 000 m2 de zones commerciales, 70 000 m2 de fermes verticales ainsi que 80 000 m2 d’espace public. 
Autant de projets qui me font comprendre que la Chine est le fer de lance de la relance écologique. Il serait pertinent que l’Europe s’associe à elle pour créer, concevoir un pont écologique.    
 

Affiche sur la neutralité carbone et le pic de CO2 à l’Exposition sur l’énergie solaire 2021, le 5 juin 2021, à Shanghai  

 

Efforts communs pour notre planète 

La COP15 fait partie de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), cela montre à quel point nous devons nous unir pour la planète. 
Ensemble nous pouvons faire beaucoup, en partageant, par exemple, nos bonnes pratiques. 
Ainsi, la Chine a affirmé, par la voix de Xi Jinping (notamment le 22 avril 2021 au Sommet des dirigeants sur le climat), que nous sommes une seule et même planète et vivons sur une seule planète. Cette vision pragmatique du partage fait du bien à entendre, elle va dans le sens d’un monde multipolaire raisonné. Dans le XIVe Plan quinquennal, Xi Jinping a appelé à redoubler d’efforts pour accélérer les ajustements des structures : les industries, l’énergie, les transports et l’utilisation des sols. Il a également affirmé que « les projets à forte consommation d’énergie et à fortes émissions qui ne satisfont pas aux exigences doivent être résolument abandonnés ». 
Cette intention chinoise doit nous guider, nous montrant qu’il est possible d’œuvrer ensemble à une communauté de destin. 
Rappelons qu’en novembre 2019, lors de son déplacement en Chine, le président de la République française Emmanuel Macron a signé l’Appel de Beijing concernant l’engagement des pays à « assurer l’avenir des prochaines générations, à intensifier les efforts internationaux de lutte contre les changements climatiques et à accélérer la transition vers un développement vert, sobre en carbone et résilient face au climat ». Et ceci n’est possible que si nous préservons le multilatéralisme et améliorons la gouvernance mondiale. 
La COP15, qui sera organisée en deux parties, la première en ligne en octobre 2021 et la seconde sur place, à Kunming (Chine), du 25 avril au 8 mai 2022, devrait aboutir à une Déclaration de Kunming. En effet, la Convention sur la diversité biologique des Nations Unies a présenté un texte, en juillet 2021, qui devrait être finalisé lors des négociations de Kunming. Ce texte vise à ce que l’humanité puisse vivre en harmonie avec la nature à l’horizon 2050, avec des objectifs intermédiaires pour 2030. C’est donc bien par le dialogue entre les nations que nous pourrons, ensemble, collaborer à un monde plus juste, écologique et ouvert, et donc plus équitable pour tous. C’est précisément ce qu’entend montrer ce numéro 9 de Dialogue Chine-France.  
 

SONIA BRESSLER·écrivaine et experte française sur la Chine

 

 

 
 
Numéro 9 juillet-septembre 2021
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