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Entretien avec Yann Martres, directeur Chine de l'AFD
By HU YUE | Dialogue Chine-France | Updated: 2021-10-08 09:26:00
 

Conserver et valoriser le patrimoine naturel et culturel de Hezhou (PHOTO FOURNIE PAR L'AFD)

 
 
À l’approche de la 15e Conférence des Parties (COP15) à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique à Kunming (Yunnan), nous nous sommes entretenus avec M. Yann Martres, directeur régional Chine de l’Agence française de développement (AFD), pour connaître ses points de vue dans le domaine de la conservation de la biodiversité.

 

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) précède la 15e Conférence des Parties (COP15). Quelle est l’importance de ces deux conférences dans la gouvernance mondiale de l’environnement ?

 

Le congrès de l’UICN, organisé à Marseille du 3 au 11 septembre en amont de rendez-vous internationaux décisifs sur la biodiversité et le climat d’ici la fin 2021, est un moment important de mobilisation des États, du monde de la recherche et de la société civile face à la crise de la biodiversité. L’AFD, partenaire de longue date de l’UICN, y porte un message fort sur le rôle catalyseur des banques publiques de développement en matière de mobilisation des investissements, d'approche transversale de la biodiversité et de soutien à une économie pro-biodiversité. Dans le contexte d’effondrement accéléré de la biodiversité que connaît notre planète, l’importance de la COP15 à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique n’est plus à rappeler, puisque c’est lors de cette conférence que devront être redéfinis le cadre mondial de la protection de la biodiversité pour la décennie à venir ainsi que les nouveaux objectifs en la matière que se fixent l’ensemble des pays, en remplacement des Objectifs d’Aichi élaborés en 2010.

 

Quels sont les projets de coopération de l’Agence française en Chine sur la biodiversité ? Quels sont les résultats ?

 

L’AFD a financé une dizaine de projets sur la biodiversité en Chine depuis 10 ans, répartis sur des géographies et thématiques très variées. Par exemple, l’AFD a accompagné les autorités chinoises dans la restauration écologique de quatre zones humides d’une grande importance en matière de biodiversité, dans les provinces du Liaoning, du Shanxi et du Hunan. L’AFD a également appuyé les politiques publiques chinoises en matière de gestion durable de la forêt à travers le financement de trois projets forestiers, qui visent à concilier développement rural durable, protection des écosystèmes et renouvellement des ressources exploitables. Dans la province de l’Anhui, nous soutenons un projet de protection de la biodiversité forestière au cœur des monts Dabie. Enfin, nous soutenons plusieurs projets de création et de renforcement d’aires protégées qui, en s’appuyant sur l’approche territoriale française, visent à combiner conservation de la biodiversité, maintien de l’attractivité économique, grâce au tourisme vert notamment, et promotion d’une gestion participative du territoire. Au total, ce sont plus de 350 millions d’euros de financement accordé qui permettent de conserver ou restaurer plus de 60 000 ha d’aires protégées en Chine jusqu’aujourd’hui.
 
 
Restaurer l’équilibre écologique du lac Wolong (PHOTO FOURNIE PAR L'AFD)
 
Selon vous, quels sont les résultats attribuables à des pratiques spécifiques de la Chine dans la conservation de la biodiversité ? Quels efforts déploie-t-elle pour promouvoir la coopération internationale ?

 

On peut citer le cas de la ligne rouge écologique. C’est une politique intéressante de planification spatiale et de gestion territoriale par zonage suivant les fonctionnalités écologiques. C’est aussi un outil qui semble pertinent pour atteindre les objectifs de protection d’espaces naturels, fixés à 17 % du territoire par les Objectifs d’Aichi. La France, quant à elle, ambitionne de porter cet objectif à 30 % d’ici à 2030, aussi bien pour le domaine terrestre que maritime, dans le cadre de la Coalition de la haute ambition pour la nature et les peuples qui sera défendue lors de la prochaine COP15 à la Convention sur la diversité biologique (CDB) de Kunming. De plus, la ligne rouge écologique pourrait s’avérer être un outil utile pour contribuer à l’objectif de neutralité carbone que s’est fixée la Chine à l’horizon 2060, en contribuant à sauvegarder des puits de carbone naturels essentiels (forêts, prairies, herbiers sous-marins…). Sur le plan international, on constate l’ambition de la Chine de contribuer aux engagements multilatéraux en faveur de la biodiversité, avec notamment l’accueil de plusieurs Conférences des Parties de conventions des Nations Unies, sur la désertification à Ordos (région autonome de Mongolie intérieure) en 2017, sur les zones humides en 2022 à Wuhan (province du Hubei), et bien entendu sur la diversité biologique en octobre 2021 à Kunming. En tant qu’hôte de la COP15 à la CDB, la Chine aura une place centrale à jouer dans cet important évènement pour la gouvernance mondiale de l’environnement : par sa place démographique, économique, diplomatique, et enfin parce que le pays abrite une biodiversité d’une richesse exceptionnelle – la Chine fait ainsi partie des 17 pays « méga-divers » de la planète.
 
La lutte mondiale contre le COVID-19 continue avec pour effet de mettre au cœur du débat la préservation de la biodiversité. Quels sont les objectifs prioritaires de la biodiversité pour réduire les risques de futures épidémies ?

 

La réduction et la fragmentation des habitats naturels, par la déforestation, l’extension des zones dévolues à l’agriculture ou à l’élevage ou encore l’urbanisation et l’artificialisation des sols sont des phénomènes qui se retrouvent sur l’ensemble de la planète. En rapprochant les habitats humains des habitats où se trouvent les espèces animales sauvages, cette destruction rapide des espaces naturels accroît grandement le risque de transmission à l’être humain de pathogènes présents chez les animaux. Il est ainsi avéré que de nombreuses épidémies sont nées de la sorte, comme les virus Ebola, le H5N1, le VIH ou encore Zika. C’est toute la philosophie portée par le concept de One Health, qui illustre que la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes sont intimement liées.

 

Quelles sont vos attentes sur les projets en Chine et sur la coopération UE-Chine dans la gouvernance environnementale ?

 

Dans le futur, l’AFD va continuer à soutenir la protection de la biodiversité en Chine, dans l’ère post-COP15. Lancée en 2020, la Facilité Biodiversité Chine, subventionnée par l’Union européenne et mise en œuvre par l’AFD, vise à développer le dialogue sur les questions environnementales avec la Chine, et concrètement à participer à 8 à 10 projets réalisés sur le terrain. L’objectif est de mobiliser davantage d’expertise européenne et de promouvoir les meilleures pratiques internationales au bénéfice de projets innovants pour la protection de la biodiversité. Ces projets couvriront les thématiques des aires protégées, des océans, de la restauration écologique ou encore de la biodiversité urbaine. Ils auront pour ambition de protéger sur le long terme le capital naturel et la riche biodiversité chinoise, tout en contribuant aux efforts de lutte contre le changement climatique et ses effets, dans une logique de convergence de deux agendas climat et biodiversité, centraux pour le développement durable. Cette Facilité a également pour ambition de contribuer au renforcement du dialogue de politiques publiques engagé depuis plusieurs années entre l’Europe, la France et la Chine sur la protection de la biodiversité et du capital naturel par le financement d’évènements de haut niveau, de séminaires techniques, de publications ou encore de programmes de recherche faisant dialoguer et échanger les expertises européennes et chinoises en la matière.   
 

HU YUE • journaliste à La Chine au présent 

 
Numéro 9 juillet-septembre 2021
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