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Biodiversité, une indispensable coopération avec la Chine
By Élisabeth Martens | Dialogue Chine-France | Updated: 2021-10-08 10:33:00

 

Le 16 juin 2021, 18 représentants de 12 multinationales visitent un parc expérimental sur la biodiversité à Kunming.  

Début septembre 2020, les Nations Unies ont publié une évaluation révélant qu’aucun des 20 objectifs mondiaux en matière de biodiversité fixés en 2010 n’avait été pleinement atteint. Pire, entre 1970 et 2016, 68 % de la faune sauvage a disparu. Dans beaucoup de régions du monde, des espèces vivantes disparaissent à une cadence 100 à 1 000 fois supérieure à la normale. Peut-on inverser cette tendance ?    

Le Sommet des Nations Unies sur la biodiversité  

Le premier Sommet des Nations Unies sur la biodiversité s’est tenu virtuellement en septembre 2020. Il rassemblait 88 pays répartis sur les cinq continents plus l’Union européenne. Au cours de cet événement a été présentée l’étude Millennium Ecosystem Assessment (Évaluation des écosystèmes pour le millénaire), menée par 1 360 chercheurs de différentes organisations internationales, dont cinq départements des Nations Unies (OMS, FAO, UNESCO, PNUE, PNUD), la Banque mondiale et l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Le verdict était clair : si la pollution et la disparition des habitats semblent être la cause première de l’extinction des espèces, en amont, c’est le réchauffement climatique qui est montré du doigt. C’est donc à ce problème qu’il faut s’attaquer en priorité pour sauver la biodiversité. 

Les États-Unis furent les grands absents du Sommet de l’ONU. Quant à la Chine, selon la déclaration du président Xi Jinping, elle est prête à prendre des responsabilités internationales en proportion de son niveau de développement et à contribuer à la gouvernance environnementale mondiale.   

Le Pacte vert pour l’Europe embrasse l’harmonie chinoise  

« Le moment est venu pour les dirigeants mondiaux d’agir ensemble et l’UE est prête à montrer la voie. Le Pacte vert pour l’Europe est notre vision de l’avenir et notre feuille de route. Nous invitons toutes les parties à s’associer à cet effort collectif pour le changement, afin d’assurer une relance verte, et de protéger et de restaurer notre planète, qui est notre seule patrie », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. 

Présenté le 14 juillet 2021 par la Commission européenne à Bruxelles, le Pacte vert pour l’Europe place l’UE à l’avant-garde de la lutte contre le changement climatique. Les 27 États membres sont tous résolus à faire de l’UE le premier continent neutre pour le climat d’ici 2050. Pour y parvenir, ils se sont engagés à réduire, dès 2030, leurs émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % par rapport aux niveaux de 1990. Avec ce programme ambitieux, l’Europe a fixé les grandes lignes d’une transformation économique et sociétale qui converge vers une « vie en harmonie avec la nature à l’horizon 2050 ». 

Cela rejoint le discours de Xi Jinping qui, à son arrivée à la présidence en 2013, a fait de la « vie en harmonie avec la nature » l’objectif central du PCC. Dès 2005, M. Xi, qui était alors secrétaire du Comité du Parti pour la province du Zhejiang, a formulé ce qui allait être la ligne de conduite de la Chine sous sa direction : « Les rivières limpides et les montagnes verdoyantes constituent une grande richesse ». C’est en ce sens que le président Xi a décrété vouloir atteindre la neutralité carbone d’ici 2060, et c’est aussi en ce sens que le Conseil des Affaires d’État chinois s’est engagé à soutenir une « Route de la Soie verte ». Les projets s’inscrivant dans l’initiative « la Ceinture et la Route » sont assortis de normes environnementales sévères. 

 

  

Le 12 mars 2021, l’école primaire Wenlin de Kunming, organise l’activité « Créer une école écologique internationale pour la COP15. Entrons en action ».  

Une collaboration scientifique avec les pays développés  

En 1973, lors de la première conférence nationale sur l’environnement en Chine, le premier ministre d’alors Zhou Enlai avait alerté le gouvernement central des dangers d’une industrialisation trop rapide. D’où une loi chinoise sur la protection de l’environnement promulguée en 1989. Depuis des textes de loi se sont succédé. 

Dans les années 2000, une prise de conscience écologique s’est réopérée, d’abord centrée sur les enjeux de la pollution urbaine et des eaux contaminées, puis, dans les années 2010, sur la gestion des écosystèmes et la protection de la biodiversité. 

L’objectif climatique de la Chine est d’atteindre son pic d’émissions de carbone avant 2030 et la neutralité carbone d’ici 2060. Cela exige de la Chine qu’elle passe du pic d’émissions à la neutralité carbone en 30 ans, contre 60 ans pour la plupart des pays développés. Il s’agit d’un objectif ambitieux qui concerne les nouvelles technologies vertes : l’hydraulique, le solaire et l’éolien, la filtration des gaz à effet de serre issus des centrales électriques, le charbon et le nucléaire « propres », la protection des espèces en voie de disparition et le contrôle du commerce des espèces sauvages, le reboisement à grande échelle, des mesures agricoles ciblées et la lutte biologique contre les nuisibles, la restauration de l’écologie marine et fluviale, des villes-forêts et des villes-éponges, la mise en circulation des véhicules électriques et à hydrogène, le recyclage des déchets, une éducation à l’écologie dès le plus jeune âge, etc. 

La Chine n’a pas négligé l’aide internationale et a signé des projets de coopération avec plusieurs pays de l’UE, à commencer par le Danemark et l’Allemagne, puis la France, l’Angleterre, l’Italie, etc., mais aussi les États-Unis, le Canada et l’Australie. Ces nombreux échanges scientifiques et technologiques méritent d’être épinglés, car ils représentent un réel espoir dans la lutte contre le réchauffement climatique qui intègre la lutte pour préserver la biodiversité. Le site Chine-ecologie.org a été conçu spécialement pour informer les personnes intéressées des progrès fulgurants des technologies vertes en Chine ainsi que pour mettre en évidence les partenariats existants et potentiels entre la Chine et d’autres pays.   

La ligne rouge écologique  de la Chine  

Aujourd’hui, les défis climatiques sont tels qu’en plus de vouloir établir une « harmonie entre l’homme et la nature », la Chine prône aussi une « harmonie entre le développement économique et la protection de l’environnement ». Quand le président Xi déclare vouloir « progresser simultanément sur les fronts écologique et économique », des mesures claires soutenues par des financements précis sont adoptées en ce sens. Par exemple, en 2017, la Chine s’est munie d’un nouveau dispositif pour lutter contre la dégradation de son environnement, la ligne rouge écologique. Il s’agit d’un indicateur de pollution qui vire au rouge dès que le développement économique s’emballe et menace l’environnement. 

Chaque province a tracé sa ligne rouge écologique autour des zones dont la fonction écologique est essentielle en matière de conservation de la biodiversité, des sols, de l’écosystème et des ressources forestières, maritimes ou en eau. Sont également visées les zones « écologiquement fragiles », les vastes territoires subissant une forte érosion des sols ou une salinisation en raison de la désertification. Les plus grandes régions urbaines, comme la conurbation Beijing-Tianjin-Hebei et les régions de la ceinture économique du fleuve Yangtsé ont tracé leurs propres lignes rouges. 

 

  

Au marché de Shuncheng Shicui, à Kunming, la zone d’exposition culturelle et créative « Yunnan au Naturel » présente la biodiversité et la culture de la province, le 5 août 2021.  

Éviter l’écueil du productivisme  

Aujourd’hui, la Chine déclare vouloir faire primer la qualité sur la quantité, et elle détient les outils pour atteindre ce but. Elle a les fonds, elle a les partenariats, elle a l’idéologie. De plus, 90 % de sa population soutient les décisions gouvernementales. Grâce à ces atouts, tant idéologiques que matériels, la voix de la Chine porte loin. Ses engagements pour la protection de la planète ont une portée universelle ou, en tout cas, son écosocialisme réaliste s’avère plus universel que la « supériorité morale » de l’écologisme euro-américain. 

La reconstruction économique post-COVID de la Chine tient compte des enjeux climatiques. Son économie, parce qu’elle est socialiste, se permet de programmer une relance à long terme capable d’intégrer les énergies vertes et la protection de la biodiversité à un développement durable. Certes, il lui reste de nombreux défis à relever, par exemple en ce qui concerne les centrales au charbon qui restent une source d’énergie majeure.

Cela ne l’empêche nullement de maintenir une croissance économique, tant qu’elle est mesurée, et de développer les technologies du numérique, telles que la 5G et la 6G, qui peuvent se montrer efficaces, voire indispensables, dans le déploiement des énergies renouvelables. Par contre, l’UE et les autres pays développés qui s’entêtent dans leur modèle de profit maximum en un temps minimum, risquent de rater le coche de la transition. 

Nos pays, asphyxiés par la loi du productivisme, n’écoutent ni les scientifiques ni les philosophes. Quand le philosophe marxiste Slavoj Žižek écrit qu’il est « plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme », seule la Chine le prend au sérieux. Or la transition écologique est un défi planétaire, elle est le problème de tous. C’est dire qu’il est urgent « d’imaginer la fin du capitalisme », sans quoi il ne vaudra plus la peine « d’imaginer la fin du monde ».  

 

Élisabeth Martens 

•  biologiste spécialisée en médecine chinoise et rédactrice en chef de Chine-ecologie.org
 
Numéro 9 juillet-septembre 2021
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